Boké : A la découverte de Katchek, une île de 15.000 habitants oubliée par l’Etat…

Reportage

BOKE-KATCHEK CAMPEMENT est un secteur des îles de TRISTAO situé dans le district de KADIGNE, sous préfecture de KANFARANDE. Plus proche de la Guinée Bissau, cette île coupée du reste de la Guinée est peuplée de 15 mille d'habitants. Les populations vivent principalement de la pêche, de l'agriculture, du maraîchage et la récolte des coquillages. Ces activités sont aussi vieilles que l’île elle-même. La présence des symboles de l’Etat est peu visible. Les infrastructures sociales de bases sont déficitaires. Une triste situation qui favorise toute sorte de trafics illicites. 

Une gestion traditionnelle des ressources naturelles a permis aux populations de vivre dans l’harmonie et l’entente jusqu’à nos jours. Mais l'agriculture, activité ancestrale des autochtones est en train de changer tous les jours. Les populations se ruent de plus en plus vers la culture des anacardiers, qui rapporte de l’argent mais qui appauvrit rapidement le sol.

Des milliers de personnes habitent le secteur de campement de pêche de KATCHEK. Le nombre de ces pêcheurs migrants augmente au fil des années. Certains sont installés depuis plus de 20 ans. Et le flux continue d'augmenter. Cette pression démographique n’est pas sans conséquence. Elle provoque la dégradation de l’île. Les ressources fluviales deviennent de plus rares et les plages sont aussi insalubres. Les populations cantonnées là sont exposées à de nombreuses maladies. Les conditions de vie sont archaïques. Il y a un manque total d’accès à l’eau potable. 

Dr ALHASANE BISSIRY SOUMAH est le seul médecin sur cette île depuis plus de 11 ans. Ce militaire à la retraite de la marine guinéenne, s’est installé dans cette île à la demande des populations.  Une demande qu’il a acceptée volontiers. Il y a installé son cabinet de soin. Interrogé, il explique les pathologies qu’il rencontre souvent chez ses patients. 

« Les maladies qu’on rencontre souvent, il y a le paludisme, les douleurs abdominales. Il y aussi de nombreuses personnes ici qui vivent avec le SIDA. Nous avions des appareils pour le test et une fois confirmé, le malade est recommandé directement pour les soins intensifs à l'hôpital régional de Boké », explique Dr. Bissiry Soumah, invitant l’Etat à tourner son regard vers cette île qui manque de tout. 

Sur l’archipel de TRISTAO, l'abondante de la mangrove est aussi très importante pour la survie de nombreuses espèces de poissons et d'oiseaux. Elle joue un rôle majeur contre les phénomènes d'érosion côtière. Mais l’exploitation sauvage des bois de mangrove menace cet ensemble. L’écosystème est menacé.  Le bois de mangrove est exploité à des fins domestiques mais aussi la plus grande quantité est utiliséee pour le fumage du poisson. 

La coupe et le commerce de bois prennent de l'ampleur, notamment sur le campement de KATCHEK. Adjudant chef KINDIA FOFANA des Aires Marines Protégées à KATCHEK, explique : « Depuis notre mutation, beaucoup de choses  ont changé grâce à implication des communautés. Comme il y a un code communautaire qui stipule que les ressources naturelles peuvent aussi être utilisées pour les besoins domestiques, donc celui qui veut du bois dans la mangrove vient à notre bureau. On met un agent à sa disposition pour veiller sur les règles de coupure du bois », explique-t-il. 

Dans cette île où la présence de l’Etat est peu visible, la pêche illicite foisonne. Certains citoyens dénoncent la pression des bateaux de pêche industrielle qui envahissent les côtes habitées par la population. Ce qui est pourtant interdit selon eux. 

« Cette pression est devenue trop forte pour les pirogues locales souvent sans moteur », dénonce ce pêcheur. Au-delà e cette pression, les pêcheurs locaux sont aussi confrontés à un problème de transport et de conservation de leurs marchandises. MARIMA SOUMAH est commerçante de poissons. Pour elle, cette île est la frontière des souffrances du pays. 

« Je suis là depuis trois jours pour le retour mais en vain. Tous mes poissons sont pourris à cause du manque de glace. J’ai perdu comme ça une somme importante de 10 millions », se lamente-t-elle, avant d’inviter l’Etat à leur venir en aide. « Le président n'a qu'à nous aider pour avoir une barque comme il l'a fait pour les autres iles à Conakry. Nous souffrons beaucoup avec ce risque de la traversée de la mer ».

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De nombreux enfants à l'âge d'aller à l'école se retrouvent dans des activités génératrices de revenue. Tous sont à la recherche du quotidien. Les rares qui ont la chance d’aller à l’école communautaire étudient dans des hangars ou dans une ancienne demeure d’un touriste européen. Les cours se font en roulement. Mme KADIATOU est la seule enseignante de l’Etat dans ce district.  Elle précise : « Nous souffrons énormément. Mes collègues sont des fils de cette île qui ont fini les études. Par amour des parents, ils ont accepté de venir m'accompagner dans cette bataille. Pour les examens cette île a 4 districts. Donc chacun vient avec une barque plein d'élèves pour le centre d'examen à KANFARANDE et cela à des moments où la mer est très dangereuse», explique l’institutrice.

 

De retour de Katchek Campement, Oumar Sory Camara

Pour Africaguinee.com

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Créé le Dimanche 08 décembre 2019 à 10:28