Mme Fatou Bangoura : « Pourquoi j'ai quitté l’opposition… »

Interview
Mme Fatou Bangoura
Mme Fatou Bangoura

CONAKRY- Elle était jusque là l’unique femme leader membre de l’opposition républicaine. Mme Fatou Bangoura vient d’évoquer les raisons de son divorce avec ses désormais anciens « complices » de l’opposition. Dans cette interview, elle donne aussi sa position sur le projet de référendum constitutionnel. La Présidente du PUSG lève également un coin du voile sur son avenir politique. 

 

AFRICAGUINEE.COM :  Mme Fatou Bangoura, pourquoi vous avez rejoint le RPG arc-en-ciel ? 

FATOU BANGOURA : Il faut dire pourquoi j’ai quitté l’opposition. La seule femme qui était depuis  9 ans  dans l’Opposition Républicaine, ce n’est pas par amour ou parce que je veux avoir une place dans le gouvernement  ou je veux être ministre,  non.  Je l’ai décidé avec ma petite population de quitter l’Opposition Républicaine, parce qu’il n’y a pas d’entente,  d’égalité ou d’équité entre les partis politiques.  Durant ces 9 ans, mes difficultés ont été très intenses.  Parce qu’ne femme crée un parti politique pour être sur les lieux de prise de décision, pour défendre les femmes, pour leur montrer leurs droits et devoirs.   Et là-bas nous sommes ségréguées. Je suis la seule femme et il n’y a que les hommes qui ont la parole. On n’est jamais nommée comme porte-parole. On ne me donne jamais le temps même de parler de la Guinée. C’est ce qu’ils veulent c’est ce qu’ils font. On n’a pris les arrêtés aux mêmes lieux qu’eux lors de la création de nos partis.  Comme il n’y a pas d’équité, comme ils montrent qu’ils sont supérieurs et ne montrent pas la valeur de la femme dans l’Opposition Républicaine, comme ce sont eux qui connaissent mieux parler et les codes en République de Guinée. On a fait la charte de l’Opposition nous sommes partis à Kindia le faire chez Mamadou Sylla. Depuis qu’on est revenu rien n’est respecté. Lors du choix de nos représentants dans les démembrements de la CENI (Commission électorale nationale indépendante, Ndlr) je n’ai pas vu le nom de parti. Depuis 2010, nous n’avons jamais eu de représentants. Donc cette fois ci j’ai pris la décision de partir.

J’ai déjà eu un tête-à-tête avec le Chef de file de l’opposition. Je lui ai dit, je n’ai jamais réagi pour les démembrements et pour le quota de la grande CENI. Je dis mais cette fois, comme je veux me présenter encore, il faut me donner au moins quelques régions pour que mon parti soit représenté. Directement, il me dit je te donne 10 places et j’ai écrits les noms des dix personnes.  Même dans mon fief à Matoto, là où j’ai eu 25 mille voix lors des législatives de 2013, ils ont refusé de me donner un représentant.  Et comme le Chef de file n’a pas respecté sa parole je l’ai quitté.  Je me suis dis il faut être quelque part où tu peux faire la promotion de la femme. On ne m’a donné qu’une place à Matam. Je suis restée dans ma coquille.  Ils ne peuvent pas me montrer que parce que je suis femme, je ne dois pas parler comme eux, alors que nous avions les mêmes fonctions. Ils se disent grands. 

D’ailleurs, ce qui nous a trop vexé, quand le président de la République s’est prononcé en nous disant de venir sur les lieux de dialogue, le Premier ministre nous a écrit officiellement pour la consultation.  Notre base nous a dit d’aller. Et à la dernière minute, c’est Monsieur Sidya qui nous appelle pour nous dire de ne pas aller à la Primature. Hors c’est le Chef de file qui devait nous appeler ou ses vice-présidents. On allait s’entendre sur ce qu’il fallait faire.  Nous avons répondu à l’appel en se constituant en groupe que nous appelons Bloc de l’opposition constructive en 8 personnes.  Quand le Premier ministre m’a donné la parole,  je lui ai dit que nous allons parler de la constitution mais ça sera un mémorandum que nous allons vous déposer.  J’ai dit que les femmes sont faiblement représentées au niveau des instances de prise de décisions.  Il n’y a que quatre femmes dans le Gouvernement. Les portes sont fermées aux femmes, elles n’ont pas la voix au parlement. On les met dans un groupe, tu ne peux pas te mouvoir. Alors que les députés ce sont des personnes qui défendent la Nation. 

Aujourd’hui, vous êtes dans quel camp ?

Je suis sur la ligne de partir à la mouvance. Mais je suis actuellement du Bloc de l’Opposition Constructive.  On a un projet et notre mémorandum. Si après tout ce que nous disons, le Président de la République est leader comme nous peut-être, il va nous appeler et nous allons rejoindre fidèlement le RPG arc-en-ciel quand je vais le rencontrer.  Il faut avoir un contrat de travail avec eux. C’est nécessaire entre deux partis politiques. 

Comment vous décrirez les 9 années que vous avez passées dans l’opposition ? 

L’opposition au pluriel n’a pas de respect pour les femmes et des principes. Je suis la seule parmi eux depuis 9 ans. Ils ne m’ont pas considéré. Ils ne m’ont pas donné de représentants à la CENI. Il n’y a pas d’entente et de cohésion, et la femme n’a pas droit à la parole.

A quelle condition vous comptez travailler avec le RPG Arc-en-ciel ? 

Le RPG arc-en-ciel je vais travailler avec eux sur de bonnes bases et promouvoir la femme guinéenne.  Je leur remercie et félicite d’avoir ouvert la porte aux femmes lors du dialogue. Tout ce que je veux poser comme problème c’est pour le développement de ce pays, pour la jeunesse. Si le président de la République nous donne cette voie nous allons collaborer paisiblement et aisément. 

Comptez-vous signer une alliance électorale pour les prochaines législatives ? 

Oui le projet d’alliance est en cours. Nous sommes en train de faire les documents.  Le jour que ces documents seront prêts je dirais en haute voix et je montrerais ces documents signés de Mme Bangoura  Hadja Fatou et du Président de la République.

Êtes-vous favorable à l’adoption d’une nouvelle Constitution ? 

Je ne peux pas me prononcer sur la nouvelle constitution, parce que nous sommes en train de travailler et nous allons faire un mémorandum.  

Quels sont les projets de votre parti politique, le PSUG ? 

Nous avons eu l’initiative de former des groupements, les sensibiliser et de montrer notre projet de société.  Pour les années à venir nous allons parler de l’éducation, l’hygiène, la santé et si on a les moyens on va mettre cela à la disposition de plusieurs femmes dans nos régions.  

Un dernier mot…

Je remercie la République de Guinée, ma petite population. Je remercie aussi  Dieu qui m’a donné la chance de créer mon parti politique comme les autres partis qui se disent grands.  Je dirais à la population guinéenne de ne pas se décourager, nous sommes chez nous et nous devons inviter les institutions à nous aider à faire notre promotion.

 

 Bah Aissatou

Pour Africaguinee.com

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Créé le Dimanche 29 septembre 2019 à 13:49