Le mari de Djiba confie : "Avant son assassinat, ma femme m’avait dit …"

Assassinat d'un guinéenne en Angola
Le veuf Mamadou Saliou Diallo
Le veuf Mamadou Saliou Diallo

LUANDA- Mamadou Saliou  Diallo, l’époux de Djiba tuée le dimanche 18 Aout à Luanda est inconsolable. Le veuf se souvient encore de sa femme qu’il décrit comme une épouse exemplaire. Dans son témoignage, Mamadou Saliou Diallo est revenu sur les derniers moments qu’il a passé avec sa bien-aimée. Son récit est pathétique.

 «  Djiba était une femme exemplaire, elle m’a laissé 3 enfants. Elle a trouvé la mort au moment où on s’apprêtait à rentrer en Guinée. Nous avions acheté tout ce dont on avait besoin pour rentrer au pays. Ma femme tenait vraiment à ce qu’on rentre. On était sur les démarches. Je lui avais promis qu’après la fête de Tabaski,  nous allons rentrer mais on n’avait pas fixé le jour du départ. Nous sommes de la même famille, c’est une cousine directe puisque mon père est le grand-frère à son père. Le jour où elle a été tuée avant de quitter la maison, elle dit : ‘’Saliou tu sais que la fête de Tabaski est passée, aide moi s’il te pait à rentrer j’ai envie de retrouver ma mère’’. C’était notre dernière conversation. Ce jour, elle devrait aller chez ma jeune sœur. Elles ont une association de tontine avec d’autres femmes.  

C’est comme ça qu’on s’est quitté à la maison ce jour. Je suis allé chez un ami dans le quartier pour passer la journée. Je me suis connecté un moment après j’ai mis le téléphone en mode avion sans me rendre compte. Aux environs de 13 heures, j’ai dormi un peu, mon ami m’a réveillé pour manger. Après je sors mon téléphone pour me connecter, je me rends compte qu’il était en mode avion. Dès que j’ai enlevé le mode avion, je vois 48 tentatives d’appels. Avant même que je ne termine de vérifier, je reçois l’appel  de quelqu’un qui m’informe de la mort d’une guinéenne  au quartier Hojehayenda (le quartier où il habite avec sa famille NDLR). Je vois aussi l’appel manqué de mon grand-frère, dès que je l’ai rappelé, il me dit de venir en toute urgence à la maison.  

Je prends des repose-pieds pour courir vite puisque je  n’étais pas si loin de chez moi. A mon arrivée, je trouve un monde fou sur un de mes jeunes-frères qui  a fait une crise sur la route. Tous les guinéens étaient mobilisés à la mosquée, en larmes. C’est là que j’apprends que c’est ma femme qui a été tuée. Je ne savais plus où j’étais réellement.J’ai ressenti quelque chose de lourd dans mon cœur avec la nouvelle.

Nous étions très complices. Depuis près d’un an, elle ne faisait que demander à ce qu’on rentre au pays avec les enfants. J’ai accepté ; malheureusement le destin ne l’avait pas prévu. Je me rappelle toujours de notre dernière conversation avant qu’elle ne sorte le jour où elle a été assassinée. Elle me dit, la fête est passée, il faut qu’on rentre avant la fin de ce mois. Même le jeudi passé elle avait acheté des draps pour compléter ses affaires. Mon souhait était qu’on rentre ensemble au pays, je ne voulais qu’elle parte seulement  avec les enfants et moi après. Je comptais faire un seul voyage avec elle et les enfants.

Le jour de son assassinat, elle avait bien  préparé et bien mangé d’abord avant de prendre les enfants pour partir. Avant de quitter, elle me dit à tout à l’heure (pleurs). J’ai eu un décès, ma femme était résignée, soumise elle me respectait. Depuis son arrivée en Angola en 2011, je n’ai pas de moyens mais elle me respecte malgré tout. Jamais elle n’a pas créé des problèmes avec mes colocataires. Parfois, je la reprochais de rester seulement à la maison sans sortir. Elle me disait aller chez les gens ce n’est pas souvent bien parce qu’on cherche à raconter la vie des autres. Elle me dit rester dans mon salon ici suffit à mon bonheur, je préfère m’occuper de mes enfants que d’aller raconter des choses qui ne me regardent pas.

Elle est tombée malade ici pendant 3 semaines, depuis qu’elle a retrouvé sa santé elle n’est sortie que 2 fois de la maison, la première fois c’est le jour de la fête de tabaski ; la 2ème  fois c’est le dimanche le jour elle a été assassinée. J’ai du mal à croire que ce n’est pas une maladie qui va emporter ma femme mais une balle. Depuis qu’elle a reçu  cette balle qui l’a tué, je n’arrive pas à fermer l’œil. Je suis toujours meurtri et touché au plus profond de mon âme. Nous avons une fille et 2 garçons. Qu’Allah pardonne mon épouse avec tous les défunts ».

Ce lundi 19 Aout, Djiba Diallo, la victime a été inhumée à Luanda en présence de la communauté guinéenne. Cet assassinat vient allonger la liste de victimes guinéennes tuées dans ce pays lusophone d’Afrique.

Alpha Ousmane Bah(AOB)

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

 

 

Créé le Mercredi 21 août 2019 à 20:35

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