Guinée : Bountouraby Soumah rencontre son père en prison, plusieurs années après sa naissance…

Prison civile de Kindia

KINDIA- C’est l’histoire émouvante d’une fille sevrée de l’amour tendre de son père qui est prisonnier depuis 25 ans. Bountouraby Soumah, fille de Tidiane Soumah détenu depuis 1994 ans vit avec sa mère dans la sous-préfecture de Damakania, secteur142, préfecture de Kindia. Membre d’une famille de 5 enfants cette étudiante en santé communautaire est la dernière-née de Sékou Tidiane Soumah alias « chaud-chaud », condamné à perpétuité dans le procès des gangs en 1995. Elle est née quelques mois après la condamnation de son père. Son histoire sort de l’ordinaire. 

Elle était âgée d’une quinzaine d’années lorsqu’elle a appris un jour que son père est prisonnier. Aujourd’hui âgée de 25 ans, Bountouraby Soumah et sa mère Salématou Bangoura mènent une vie  sans autorité masculine en famille. Leurs témoignages sont pathétiques. Elles demandent au président de la République de gracier Tidiane Soumah.

 « Je vis avec ma mère. Avant je ne connaissais pas mon père. Je n’ai connu que ma mère comme parent direct. En grandissant j’ai demandé à ma mère des nouvelles de mon père. Elle m’a dit qu’il se trouve à Conakry en prison. Avant qu’il ne soit transféré à Kindia ici, j’ai insisté pour voir mon père et le connaitre. Ma mère n’a pas refusé mais elle me  faisait attendre. Un jour j’ai dit cette fois il faut absolument le voir. Deux jours après elle m’a envoyé en prison où il était détenu.  Mon père  lui savait qu’il  a une fille qui s’appelle Bountouraby Soumah mais  il ne m’avait pas vu. Même en me voyant devant lui il ne savait pas que c’était moi sa fille. De mon côté je ne savais rien de lui. Ce jour-là à notre arrivée en prison, je me souviens, on était dans la salle de visite. Il (son père, Ndlr) est sorti pour venir s’asseoir auprès de ma maman. Après un long échange entre les deux, ma mère est passée à la présentation. Ma mère m’a dit que c’est ton père ça Bountouraby, elle dit aussi à mon père voici ta fille Bountouraby. D’un coup, j’ai fondu en larmes, j’étais inconsolable, mon père a aussi versé des larmes », explique-t-elle en sanglot. 

Aujourd’hui, le seul rêve de Bountouraby Soumah est de vivre avec son père libre. Elle appelle à la clémence du président de la République.

« Aidez-moi s’il-vous-plait, j’ai envie de vivre avec mon père maintenant en famille. Je pars de temps en temps le voir mais c’est difficile pour moi de m’y rendre.  Je suis à Kindia ici avec ma mère Salématou Bangoura, mon père m’a dit que nous sommes 5 mais je ne connais aucune de mes soeurs. Je suis attristée le plus souvent de voir les pères de mes copines sachant que le mien est en prison. J’ai même une copine c’est son père qui la dépose chez moi. Quand on me demande le plus souvent je réponds que mon père est en voyage. C’est difficile pour moi de dire que mon père est en détention (pleurs). Quand je vois mes amies avec leur papa je rêve de voir la même chose chez moi mais je ne peux rien. Notre vie est difficile. Ma mère se débrouille à vendre des poissons pour nous nourrir », révèle en larmes Bountouraby Soumah, étudiante en santé communautaire la dernière fille de Sékou Tidiane Soumah. 

 « Je veux vraiment vivre à côté de mon père. Il ne va plus répéter ce qu’il a fait, je sollicite de l’aide pour la libération de mon père. S’il est libéré, je lui dirais en tant que père si tu m’aimes vraiment il ne faut plus reprendre ce que tu avais fait. Président professeur Alpha Condé je vous supplie avec mes deux mains aidez-moi à faire sortir mon père de la prison. Je n’ai rien, ma mère n’a rien et je souffre beaucoup. Je me considère comme orpheline si mon père reste en prison. À chaque fois que je pars en prison sachant que je n’ai pas la possibilité de rentrer avec mon mari, cela m’attriste vraiment, il me dit, tu peux partir maintenant, il est l’heure pour moi de retourner dans ma cellule, à chaque fois c’est les larmes  », raconte-t-elle. 

Salematou Bangoura, la femme de chaud-chaud est aussi peinée par la détention prolongée du père de sa fille qui dure depuis 25 ans maintenant. Elle demande la clémence du Pr Alpha Condé. 

« Mon mari est en prison depuis longtemps. Je me bats seule pour la survie de la famille et pour que ma fille soit sur le droit chemin. Je vends du poisson pour assurer le quotidien de la famille. Je demande au Gouvernement de pardonner mon mari pour ce qui s’est passé, nous ferons en sorte qu’il ne commette plus d’infractions», sollicite à son tour la femme de Tidiane Souumah.

Arrêté puis conduit le  17 février 1995  à la maison centrale de Conakry, Sékou Tidiane Soumah a été poursuivi pour association de malfaiteurs, vol à mains armées et meurtres. Né en 1964, il est aujourd’hui âgé de 55 ans. Il avait été reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité lors du procès des gangs.

Dans les années 94-95, une bande de malfrats, la plupart des adolescents, au moment des faits avait semé la terreur en Guinée surtout dans la capitale Conakry. Le procès des  gangs tenu en 1995 avait retenti dans tout le pays à travers sa retransmission à la télévision nationale. Après 8 mois de débats, le 8 Août de la même année le verdict est tombé. Cinq(5) peines de mort ont été prononcées, alors que les autres peines iront des travaux forcés à la perpétuité.

Aujourd’hui ils ne sont que trois (Sekou Tidiane Soumah chocho, 55ans, Alpha Barry dit indien Kaala 60 ans et Papa Sangaré) qui restent en prison condamnés. Ils avaient été condamnés à perpétuité. Ils ont déjà purgé 25 ans. Indien Kaala est malade malgré les soins qu’on lui donne à Kindia, ses membres inferieurs sont enflés et solliciterait un transfert vers Conakry.

 

Alpha Ousmane Bah (AOB)

Pour africaguinée.com

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Créé le Mercredi 19 juin 2019 à 13:22