Labé : quand les étudiants fuient le campus après la mort de Boukariou…

Reportage
Des étudiants fuient le campus universitaire de Hafia après la mort de Boukariaou
Des étudiants fuient le campus universitaire de Hafia après la mort de Boukariaou

LABE- Le campus de l’Université de Labé est méconnaissable ! Après la mort du jeune étudiant Amadou Boukariaou Baldé (22 ans), ce temple du savoir présente l’image d’une université fantôme. Apprenants et encadreurs sont frappés par le violent choc intolérable dû à la mort tragique de ce brillant étudiant en informatique.

A l’université de Labé, située dans la sous-préfecture de Hafia, les traces des violences sont encore là. Pris de panique, les étudiants ont déserté le campus universitaire dès après l’annonce de la mort de leur camarade Amadou Boukakariou Baldé. Par crainte de représailles, les autorités ont dépêché un important dispositif de sécurité pour barrer tous les accès qui mènent à l’université.

48 heures après ces violences, c’est l’incompréhension mêlée à la tristesse qui se dessine sur les figures. Car personne ne s’attendait à ce qu’une réclamation aussi  anodine vire à un drame mortel. Aboubacar Camara étudiant en gestion est encore sous le choc.

 « C’est une triste nouvelle qui nous touche au fond de nous-mêmes parce qu’on ne s’attendait pas  à enregistrer de mort pour une simple réclamation. C’était un mouvement qui ne devrait pas  prendre de l’ampleur mais tout dépend aussi de la gestion des crises. Nous sommes vraiment touchés par rapport à cette situation, nous ne savons plus quoi faire maintenant. L’autre blessé admis ici depuis hier, son état est un peu critique aussi » regrette cet étudiant

L’annonce de la mort d’Amadou Boukariou Baldé  a semé la panique à l’université de Labé située à 22 kilomètres du centre urbain. Depuis la nuit dernière, l’université de Labé est complètement déserte, les étudiants ont fui le campus. A notre passage dans la journée, un silence de cimetière régnait sur les lieux. A la résidence appelée petit Paris d’habitude grouillant de monde, sur une cinquantaine de chambres seulement trois sont occupées.

« Depuis la nuit les étudiants ne font que partir, cette résidence est occupée par plus de 100 étudiants mais ce matin nous ne sommes que trois à rester ici. Tous les autres sont partis, ils ont dit qu’ils ne peuvent pas rester avec les forces de l’ordre ici. Ils ont eu peur surtout quand nous avons appris que plus de 5 camions de forces de l’ordre sont entrés la nuit à Hafia , certains sont partis à Labé d’autres chez eux à Conakry. Entre 4h-5h, la route était pleine d’étudiants voyageurs. Nous ne sommes que trois à rester là comme vous voyez toutes les autres chambres sont fermées » a expliqué l’étudiant O.C.

Ceux qui sont restés n’ont pas de moyen pour payer le transport pour rentrer chez eux. C’est du moins ce que nous a confié cet étudiant venu de la région forestière.

«Nous avons passé une nuit très difficile et compliquée. Certains nous ont parlé de l’arrivée massive de militaires. Du coup les étudiants sont partis se cacher dans la brousse, d’autres ont pris l’initiative pour aller dans d’autres villages se confier là-bas. Un autre groupe d’étudiants est allé se réfugier  dans les mosquées toute la nuit pour échapper à toute autre violence. Nous autres avons passé la nuit à plier nos bagages, dès 4 h le plus grand nombre est parti. Nous qui sommes restés nous n’avons pas de parents dans la ville de Labé et nous n’avons pas les moyens pour partir chez nous sinon on serait très loin de là. Maintenant nous attendons. Certains ont préféré attendre pour ne pas que les militaires viennent prendre  ou gâter nos objets derrière nous comme ils l’ont souvent fait »  a précisé F.P.Y

Non loin du campus, un important dispositif de sécurité barre les accès. Un calme pesant est palpable, les traces violences sont encore là : des véhicules endommagés, des vitres brisées, des pneus brulés, des barricades ainsi qu’un bureau et des ordinateurs incendiés.  

Dépassé par les évènements, le recteur  Docteur Mamadou Dian Gongoré est toujours dans l’incompréhension. En attendant d’y voir clair, il s’est résout à suspendre le chef de département Sociologie  Monsieur Benté mis en cause dans ces violences. Et pour ne rien arranger sa situation, il est aussi accusé de corruption. La maman de l’un des étudiants malades convoqués pour les évaluations l’accuse de lui avoir demandé de l’argent.

Le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Abdoulaye Yéro Baldé a annoncé ce samedi  l’ouverture  d’enquête sur ces violences. Mais à quand la reprise des cours ? Pour le moment nul ne sait.

Alpha Ousmane Bah(AOB)

De retour de Hafia

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

 

Créé le Dimanche 02 juin 2019 à 9:24

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