Conakry : Après les morts à Dabondy 3, quelles sont les autres zones à risque ?

Reportage

CONAKRY-De nombreux habitants de Conakry sont exposés à des hauts risques d’inondation pendant cette saison des pluies. Les premières alertes malheureusement macabres sont survenues à Dabondy 3 où au moins cinq citoyens ont péri ce week-end. Avant d’annoncer les casses de toutes les maisons situées sur les caniveaux, les autorités communales de Matoto ont accusé les sinistrés d’être responsables de leur malheur. Un argument très facile visant à se disculper du drame. 

Située dans la zone côtière, Conakry, la capitale guinéenne est une zone où il pleut abondement. Après les inondations meurtrières de Dabondy 3 occasionnées par les premières pluies, il y a lieu de craindre le pire. Car beaucoup de quartiers de la haute banlieue sont aujourd’hui exposés. 

Dans les quartiers Bonfi, Hafia Dixinn Bora, on a constaté que les caniveaux d’évacuation des eaux de ruissellement sont complètement  bouchés par des ordures qui envahissent les alentours des maisons et les rues.

Selon un Reporter d’Africaguinee.com qui a sillonné certains lieux, le constat est alarmant à Bonfi dans la commune de Matam. Certaines maisons sont bâties sur les caniveaux qui devraient servir d’évacuation des eaux de ruissellement. Dans ce quartier enclavé par des constructions « anarchiques », les résidents se plaignent de l’envahissement des déchets de tout genre après chaque pluie. 

Assis devant sa maison, visage crispé, un père de famille qui a vécu pendant 52 ans à Hermakono, dans la zone de  Bonfi a exprimé des craintes face au danger qui guète son quartier. 

« Les difficultés que nous rencontrons, c’est le même cas que Dabondi. Ici nous avons des caniveaux qui se prolongent jusqu’à Sankoumbaya qui sont bouchés.  Quand il y a eu les premières pluies cela a déterré même les dalles qui sont sur les caniveaux et endommagé le coin, toutes les ordures sont venues sur la routeIl a fallu ce jour que nous prenions nos enfants pour enlever l’eau et ramasser les saletés. Quand il pleut l’eau ne passe pas.

hermacono.jpg

Avant le camion poubelle venait (pour le ramassage des ordures) mais cela a été bloqué depuis plus de deux mois. Maintenant on jette les ordures dans la rue parce qu’on n’a pas où mettre.  Il y a plusieurs années de cela, une femme est morte à Bonfi, emportée par les eaux de ruissellement », a regretté Fodé Camara. 

Pour éviter de revivre la tragédie de Dabondy 3 dont le bilan fait état de 5 morts, ce citoyen lance un appel au Gouvernement afin qu’une solution urgente soit trouvée. 

Même avis chez une résidente du ce secteur qui se dit très inquiète cette année. « Nous souffrons beaucoup ici. Nous avons peur avec cette situation des fossés qui sont pleins d’ordures et l’eau n’a pas de passage. Quand il pleuvra, cela va faire des dégâts, l’eau va rentrer dans nos boutiques et maisons. Donc j’ai  peur  et cela est devenu une inquiétude chez moi. Depuis le début des pluies, ce grand fossé est rempli d’ordures. Avant on n’avait pas de problème mais les gens ont construit sur les fossés. Les autorités n’ont qu’à venir ramasser les ordures », a lancé M’mah Soumah.  

bonfi.jpg

Mamdou Billo Bah lui lance un appel au président de la République.  « Le président Alpha Condé doit s’impliquer vraiment dans la gestion de ces tas d’immondices. Depuis plusieurs années les ordures tuent les gens à Conakry. On fait des assainissements chaque fin du mois mais nous on ne voit rien », déplore-t-il. 

Mohamed Bangoura interpelle l’Etat qui selon lui doit aider la population en la sensibilisant.

 « C’est l’Etat qui devrait aider sa population. Nous soutenons cela.   Si on n’a pas l’accès aux véhicules de ramassage c’est difficile de leur dire de ne pas mettre les ordures dans les caniveaux. Notre Chef de quartier se bat pour le ramassage des ordures, mais il faut des moyens », a-t-il déclaré.

Du côté de Hafia dans la commune de Dixinn le constat est quasiment le même. Des résidents se plaignent du manque de dépotoir d’ordures. Tous les caniveaux sont bouchés par des tas d’immondices. 

 « Nous souffrons ici, l’eau rentre dans nos maisons, parce que nous n’avons pas où mettre les saletés quand on balaie nos maisons. Nous avons vraiment peur quand la pluie va commencer. Nous demandons à l’Etat de nous envoyer les camions pour ramasser les ordures pour éviter les dégâts ici sinon ce n’est pas bon », a averti Kadé Kaba.

 

Bah Aissatou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 14 

Créé le Jeudi 23 mai 2019 à 11:55