Labé : le chagrin d’une famille qui cherche les traces de leur mère disparue depuis 23 ans…

Reportage

LABE- Une famille est à la recherche de leur maman qu’elle a perdue de vue depuis 23 ans. Madame Halimatou Diallo a quitté les siens alors que tous ses enfants étaient âgés de moins de 5 ans. Elle n’a laissé aucune trace sur sa destination laissant derrière un mari désemparé avec ses enfants. 

L’histoire de dame Halimatou Diallo sortie du foyer conjugal depuis 23 ans abandonnant derrière son mari et ses enfants est pathétique. Jusqu’à date, sa famille n’a aucune nouvelle d’elle. Sa disparition remonte en 1996 dans le district Tounny, sous-préfecture de Tountouroun située à moins de 10km du centre urbain de Labé. Aujourd’hui ses enfants sont devenus majeurs. Sa fille ainée déjà mariée est mère de 4 enfants tandis que le cadet, un garçon a ses 26 ans bien sonnés. Son mari avoisine aujourd’hui la soixantaine. Depuis, ils n’ont cessé de la rechercher en vain. Aucune piste importante menant à Mme Halimatou Diallo n’est encore trouvée. Africaguinee.com a rencontré cette famille profondément chagrinée. 

Dans la famille on ne dispose que d’une seule vieille photo de la disparue. Ses enfants ne retiennent rien d’elle, si ce n’est qu’une silhouette fantomatique de leur chère mère. Quant au père de famille, il a encore en mémoire les derniers moments qu’il a passé avec son épouse avant sa disparition en 1996. Tous les parents biologiques de madame Halimatou Diallo sont morts. Ses proches continuent de s’interroger. 

Fatoumata Binta Bah, fille ainée de Mme Halimatou Diallo a aujourd’hui  près de 30 ans d’âge. L’absence de sa mère reste un coup dur pour elle et pour toute la famille. Elle dit avoir fait tout son possible sans trouver sa chère mère pour laquelle elle ne retient rien du tout presque. 

« Je n’ai aucune souvenance de ma mère, même sur une photo il faut qu’on me dise que c’est elle sinon je ne peux le savoir. Nous vivons avec le cœur plein de chagrin de savoir que nous avons notre mère qui est sortie de la famille sans que personne ne soit informé de sa destination. Quand j’ai grandi avec mon jeune-frère nous nous sommes rendus compte que mon père, ma grand-mère ainsi que toute la famille recherchent ma mère en vain. Nous aussi avons suivi la même démarche jusque maintenant. C’est de la peine quand vous apprenez que votre mère n’est pas morte mais vous ne savez après où la trouver, ça fait mal. Nous avons rencontré beaucoup de personnes : des marabouts et voyants  qui promettent de la trouver mais jusqu’à présent, nous n’avons aucune trace d’elle. J’avais moins de 5 ans quand elle a quitté, mon frère peut-être n’avait pas 2 ans pleins, aujourd’hui je suis mariée et mère de 4 enfants. Ces enfants ne connaissent pas leur grand-mère, moi sa fille je ne la connais pasNous voulons voir notre mère aidez-nous comme vous pouvez », lance Fatoumata Binta Bah. 
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Bientôt sexagénaire, Thierno Mamadou Bah, l’époux de la disparue raconte : « C’est en 1996 que ma femme est partie me laissant 2 enfants. Ma première fille n’avait qu’entre 4 et 5 ans, le deuxième c’est Alpha Oumar qui est là, il n’avait pas ses trois ans. Depuis, je n’ai aucune nouvelle claire de ma femme. D’aucuns disent qu’elle est en Guinée Bissau, d’autres me parlent du Sénégal mais aucune information n’est sure et ça fait très longtemps. Quand elle partait, elle m’a laissé les enfants qui sont finalement allés chez leur grand-mère. J’ai toujours pleuré le départ de ma femme et je continue. Je me retrouve parfois seul à verser des larmes. C’est connu que des hommes disparaissent laissant leurs femmes mais le contraire c’est rare. Ma femme est originaire de Doghol Limboco (périphérie de Labé NDLR) je l’ai épousé en 1987. Elle n’avait avisé personne en partant. C’est à travers son absence prolongée que nous avons compris qu’elle est partie loin de nous. Tout a été fait pour la retrouver en vain. Je continue de prier  Dieu qu’il nous aide à retrouver ma femme en vie. Partout où elle est, si elle nous entend, nous la prions de revenir. Nous souffrons de sa disparition. Toute la famille est confuse », a expliqué l’époux l’air désemparé. 

Il se souvient encore des derniers moments passés avec son épouse avant la disparition. Il confie que le départ de sa femme a coïncidé à son projet de second mariage. En quittant elle avait invoqué l’argument selon lequel elle voulait s’installer au centre ville de Labé.

«  Avant sa disparition, elle m’avait dit qu’elle comptait  s’installer au centre-ville de Labé au quartier Thyndel précisément selon ses explications. C’était à un moment où mon père faisait des démarches pour me trouver une seconde épouse. Nous ne savons pas exactement les raison de son départ. Ce qu’on peut retenir, elle est partie sans prévenir. Notre dernière conversation, c’est quand elle m’a annoncé sa volonté de s’installer à Labé ville, c’était une nuit. On  était couché quand elle m’a dit cela. Depuis que ma seconde épouse est entrée chez moi, je n’ai pas plus revu Halimatou, pourtant je ne l’ai pas renvoyé encore moins la répudier, je tiens toujours à elle. Nos deux enfants sont là Fatoumata Binta mariée et Alpha Oumar qui doit se marier aussi bientôt. Nous voulons savoir où elle est. L’autre problème, nous n’avons pas suffisamment de moyens pour aller à sa recherche » a-t-il rappelé presqu’en larmes. 

Alpha Oumar Bah, 26 ans est le 2èmeenfant de la disparue. L’amour de sa mère lui manque. «  Je ne connais pas du tout ma mère, depuis qu’elle a disparu ça fait déjà plusieurs décennies. Je ne connais que ma grand-mère qui s’appelle Mariama Diouldé. Quand je me couche parfois à certaines heures de la nuit, si je pense à ma mère surtout si j’aurais la chance de la retrouver, je ne dors pas les prochains jours. Imaginez, on ne m’a jamais dit que ma mère n’est pas en vie mais je ne la vois pas. Je suis allé partout. Si nous avons de ses nouvelles, partout où elle est, nous irons la rechercher. Si elle entend ce message partout où elle est, nous voulons qu’elle revienne vivre avec nous. Il fut un moment quelqu’un avait dit à ma grand-mère que ma mère serait vers Gabou (une région de la Guinée Bissau NDLR) mais depuis nous n’avons aucune nouvelle jusque maintenant. Aujourd’hui sa mère qui est notre grand-mère est décédée ma mère n’a pas fait signe, son père décédé, même sa jeune-sœur est décédée, notre mère n’est pas retrouvée. Je me sens beaucoup affecté quand je vois un ami avec sa mère. Je me rends compte je n’ai pas à qui m’adresser en tant que mère. Je supporte très mal l’absence de ma mère bien que je ne l’ai pas connu surtout quand on me dit qu’elle est sortie comme ça. J’ai besoin de l’amour de ma mère. Toute personne qui sait où se trouve ma mère est priée de nous aider à cause de Dieu ». 

Dans la famille  biologique de madame Halimatou Diallo femme disparue, l’on s’interroge également sur ce qu’elle serait devenue. 

« Halimatou est partie comme ça, son père et sa mère ont pleuré sur son chemin jusqu’à leur décès. Un moment nous avons entendu parler d’elle vers Koumbia dans Gaoual, ensuite Gabou, puis entre le Sénégal et la Gambie. Ce qui suscite des interrogations c’est quand une mère s’en va alors qu’elle a des enfants derrière. Une femme peut quitter son mari mais jamais ses enfants. Ce n’est pas fortuit ça. Nos yeux sont rivés chaque jour sur la route depuis 23 ans à l’attente d’une nouvelle d’elle venant d’un passant ou elle-même qui rentre en famille. Nous donnons à Dieu, mais j’avoue que cette disparition  a rongé la famille. Ça nous empêche même de dormir. La photo que nous disposons d’elle date de très longtemps. C’est difficile de reconnaitre la personne avec cette photo alors que les temps ont changé », explique un des oncles de madame Diallo. 

 

Alpha Ousmane Bah(AOB)

Pour Africaguinee.com

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Créé le Jeudi 16 mai 2019 à 11:20

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