Thierno Ousmane Diallo : Comment se porte le secteur du tourisme en Guinée?

Interview
Thierno Ousmane Diallo, Ministre d'Etat de l'hôtellerie et du tourisme (Guinée)
Thierno Ousmane Diallo, Ministre d'Etat de l'hôtellerie et du tourisme (Guinée)

CONAKRY- Le ministre d’Etat ministre du Tourisme, de l’Hôtellerie et de l’Artisanat vient de briser le silence sur la situation dramatique du site touristique « Voile de la mariée » situé à Kindia. Dans un entretien accordé à notre rédaction, Thierno Ousmane Diallo  a donné les raisons qui empêchent la relance de ce patrimoine national à l’abandon.  Nous avons également abordé d’autres sujets liés au tourisme en général en Guinée. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Le site touristique « Voile de la mariée » situé dans la préfecture de Kindia se trouve dans un état de dégradation poussée. Comment expliquez-vous cette situation?

THIERNO OUSMANE DIALLO : Oui, c’est vrai. Ce site fait la hantise du ministère  parce qu’il y a plus de dix demandes de personnes qui veulent mettre ce site en valeur. J’ai invité tous ceux-ci à fournir un cahier de charge et prouver leur capacité technique à gérer le site, mais jusqu’à présent personne n’a été capable de le faire. Nos portes restent ouvertes, mais nous ne donnerons ce site qu’à ceux qui ont la capacité financière et technique de le mettre en valeur. Déjà comme vous l’avez constaté, il est dans un état de dégradation très avancée, non  pas par la faute du ministère. 

Contrairement à ce qu’avait été promis mon prédécesseur, ils ont fait tomber les arbres sur les cases, les cases et la nature sont détruites. Il y a pire que ça : il y a moins d’eau parce que les femmes maraichères ont essayé d’installer leurs jardins potagers en aval du marigot qui déversait l’eau sur la montagne. Il y a un ensemble de désordre et de dégâts qui font qu’il faut beaucoup d’argent pour le mettre en valeur. Mais nous n’avons pas cet argent dans notre portefeuille. 

Nous lançons un appel  à ceux qui veulent le prendre et qui ont les moyens  de venir nous voir et nous sommes disponibles. Il faut reconnaitre que ce n’est pas à l’Etat d’investir dans les activités commerciales telles que le site du voile de la mariée.

Vous avouez qu’il y a un ensemble de désordre et de dégâts sur ce site. En tant qu’autorité en charge de ce secteur qu’avez-fait pour corriger cela ? 

Le Gouvernement ne va pas prendre des bâtons. Contrairement à ce qu’on croit, c’est facile de le dire. On ne peut prendre les bâtons contre les citoyens. Nous avons sensibilisé parce qu’il y a les autorités locales, le préfet, Madame le Gouverneur, nous avons attiré leur attention sur le fait qu’il ne faut pas laisser les gens s’installer n’importe où. Si on déguerpi les gens là-bas et qu’on n’occupe pas immédiatement le lieu, les gens vont revenir. Nous passons plutôt par la voie inverse, c’est-à-dire trouver quelqu’un  qui a la surface financière pour aménager le site et assurer la sécurisation, pas l’inverse.

Certains observateurs estiment que le secteur du tourisme est abandonné par l’Etat. Que faites-vous pour la promotion de ce secteur qui pourrait apporter des milliards à la Guinée ?

Ceux qui pensent comme ça se trompent.  Le secteur du tourisme n’est pas à l’abandon, parce qu’il y a un ministère qui s’en charge. Je suis ministre d’Etat en charge du tourisme, d’hôtellerie et de l’artisanat. Donc ça montre la volonté politique du Chef de l’Etat. Tous les établissements hôteliers qui ont été faits à Conakry avec l’appui de certains investisseurs prouvent qu’on n’abandonne  pas ce secteur. Donc, je ne suis pas d’abord,  le tourisme n’est pas seulement l’affaire de l’Etat mais de tout le monde y compris les journalistes.  Il y a des efforts qui sont en train d’être faits,  on peut prouver avec les statistiques. Il y a des évolutions très significatives. Depuis 2016, le tourisme a repris on était à 60 mille touristes par an en 2016. Et c’est seulement des statistiques retenus à l’aéroport de Conakry. Tout dernièrement on a reçu 70 touristes qui ont traversé la Guinée. Quand le touriste veut venir en Guinée, il regarde les circuits de communications. Quand il vient sur les sites de la Guinée on dit grève, instabilité, on montre le côté banditisme, évidemment ça ne va pas encourager les touristes de venir chez nous. Personne ne fait un effort pour présenter la Guinée sur le bon côté ça n’encourage pas. Le tourisme est transversale et il profite à tout le monde, tous les guinéens doivent s’y mettre pour encourager les touristes à venir en Guinée. Ce n’est pas une affaire du ministère du tourisme qui joue le rôle régalien de l’Etat. C’est-à-dire faire de bon texte et des lois pour encadrer le secteur. 

Qu’est-ce qui est en train d’être fait au niveau de votre département pour redorer le blason dans le secteur du tourisme de manière générale ?

Nous avons plusieurs activités en plus de l’organisation, de la restructuration du département. Nous avons fait une convention collective qui s’occupe des emplois dans les hôtels, les restaurants et les bars pour que tous ceux-ci travaillent dans des conditions saines et dignes. Autant ils doivent bien travailler, autant on doit bien les payer et ils doivent être assurés au niveau de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale. Ensuite, nous avons fait la stratégie du développement du tourisme. Un tourisme équitable, culturel et environnemental. La semaine dernière nous eu un atelier de validation  et de partage de ce document. 

Nous appuyons aussi des écoles qui sont en train de faire la formation. Grâce à l’appui du Président de la République et de ses relations, il y a beaucoup d’hôtels  de toutes les catégories qui sont construits à Conakry. J’espère qu’on arrivera à faire la même chose  avec la CAN 2025 à l’intérieur du pays. Il y a des hôtels de luxe, mais pour que ça soit vraiment des hôtels, il faut la formation continue des jeunes. C’est ce que nous sommes en train de faire en appuyant les écoles professionnelles publiques et privées.

 

Entretien réalisé par Bah Aissatou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 14

Créé le Samedi 09 mars 2019 à 15:37