Immersion dans le monde de la viande bovine : un réel danger pour la santé publique…

Enquête
Abattoir de Simbaya (Conakry)
Abattoir de Simbaya (Conakry)

CONAKRY- En Guinée, la viande bovine est très consommée par les populations. Malgré la cherté des prix, les lieux de vente de  viande rouge ne désemplissent pas. Par manque d’hygiène, la santé des consommateurs est pourtant menacée. Les différents abattoirs situés dans la banlieue de Conakry gisent dans une insalubrité choquante. 

C’est le cas à l’abattoir de Simbayah dans la commune de Matoto où des ordures de tout genre (excréments d’animaux, eaux sales) font la loi.  Il est difficile de décrire le visage de ce hangar revêtu en tôles qui sert d’abattoirs. Des bœufs sont abattus régulièrement en l’absence de mesures d’hygiène. 

Des bouchers en complicité avec des vétérinaires abattent discrètement des bœufs au mépris des normes sanitaires exigées en la matière.  La santé des bœufs n’est pas contrôlée. A Conakry, avec nos investigations nous avons découvert que derrière chaque point de vente de bétails, il y a presqu’un abattoir de fortune.

Croisée à Simbaya, une cliente venue s’approvisionner en viande dénonce l’état malsain des lieux. 

« Je paye ma viande ici chaque matin, mais nous voyons les saletés, l’eau sale, les ordures et les mouches sont partout. Ce n’est vraiment pas bon pour la santé.  Cette viande est souvent transportée dans les marchéssur des motos ou des camionnettes sans aucune protection», a déploré cette gérante d’un restaurant de Simbayah.  

Interrogé par notre journaliste, un responsable des bouchers s’est défendu en disant que  l’assainissement de cet endroit est régulier. Pourtant c’est le contraire qui est visible sur le terrain. « Nous ici nous vendons beaucoup plus.  Si quelqu’un a besoin de viande pour une cérémonie,  on abat le bœuf  pour lui  vendre avec l’assistance des vétérinaires. On achète de l’eau avec des jeunes revendeurs pour laver chaque jour après l’abattage. Nous ici nous avons du bétail en bonne santé mais nous rencontrons des difficultés comme tout le mond »s’est justifié Thierno Abdoulaye Diallo qui travaille à son propre compte. 

Du côté de l’abattoir de Kakimbo  dans la commune de Ratoma, c’est le même constat. Le visiteur est accueilli par des odeurs nauséabondes. Environ 45  bœufs y sont abattus  par jour. Interpelée sur le déficit d’hygiène, la Cheffe de poste s’est défendue. 

 « Avant l’abattage de ces bœufs, on regarde les animaux sur pieds pour voir s’il n’y en a pas qui sont malades, s’il y a un suspect on le met de côté.  Après l’abattage aussi on regarde les organes pour voir s’il n’y a pas de maladie. Donc, c’est la santé publique que nous préservons ici pour ne pas contaminer la population. Tous les jours après le travail nous faisons le nettoyage à grande eau et périodiquement une fois par semaine avec l’eau de javel pour désinfecter les lieux. Nous avons aussi une pompe et des canaux d’évacuations », rassure Dr Sitagbè Camara, priant l’Etat de les aider à agrandir l’abattoir. 

 « Nous avons un air d’abattage. Regardez l’état de l’abattoir, si l’Etat nous aide à améliorer le lieu pour l’agrandir, changer les tôles, et le plancher, ça serait une bonne chose », sollicite Dr Camara. 

L’année dernière, la fièvre aphteuse a tué de nombreuses bêtes un peu partout dans le pays. La moyenne Guinée, région pastorale par excellence a été l’une des plus affectées. Le plus grand marché de bétails avait été fermé par les autorités qui craignaient la propagation de cette maladie. Des dispositions ont-elles été prises contre cette maladie ? Un boucher travaillant à l’abattoir de Kakimbo affirme n’avoir pas reçu d’animaux malades depuis la découverte de la fièvre aphteuse en Moyenne Guinée. 

« Nous sommes bouchers. J’ai hérité de ça parce que j’ai trouvé mon papa dans ça. Avant nous étions à Coleah, après nous sommes venus à Kakimbo parce que l’Etat nous a demandé de rester là en attendant la fin des travaux de l’abattoir moderne de Kagbelen», a rajouté Thierno Bella Bah. 

Selon un médecin, la consommation de la viande malpropre est nuisible à la santé. Le consommateur risque de contracter des maladies infectieuses comme la fièvre typhoïde, le choléra et Ebola.

« Il y a beaucoup de risques d’infections liés à la consommation de ces viandes malpropres. Nous sommes dans une zone tropicale, il y a des maladies infectieuses que nous appelons la maladie des mains sales telles que la fièvre typhoïde, le choléra et même Ebola. Elles peuvent se transmettre dans les situations comme ça. Je viens de citer une pathologie très répandue chez nous qui est la fièvre typhoïde. Elle peut être contractée à travers une personne malade et sa transmission étant connue, c’est-à-dire la personne porteuse du germe de fièvre thyroïde, une fois après les selles si elle n’arrive pas à désinfecter ses mains et touche la viande, elle la contamine de ses salmonelles. Une autre personne qui viendra consommer cette viande va contracter la fièvre typhoïde. Heureusement nous ne sommes pas en période d’épidémie de choléra parce que le même mode de transmission est possible, et il y a beaucoup d’autres maladies », a expliqué Dr Mory Fodé Souaré.   

Pour prévenir ces maladies, ce spécialiste de la santé conseille de prendre des mesures draconiennes qui ne nécessitent pasassez de moyens. Selon lui,il suffit juste d’avoir le souci pour sa propre santé.  

« Il faut couvrir cette viande sur toute la chaine. Du lieu d’abattage aux lieux de vente dans les marchés, on doit mettre la viande à l’abri des microbes. Du point de vue manipulation, les agents qui font l’abattage doivent se désinfecter les mains avec de  l’eau savonneuse ou avec du chlore avant de fournir  la viande aux clients», a lancé Dr Souaré.   

Interpelé à maintes reprises sur le déficit d’hygiène dans les différents abattoirs de Conakry, le ministère de l’Elevage ne s’est pas prêté à nos questions. 

Au lendemain de son arrivée au pouvoir, le président Alpha Condé  s’était engagé à construire un abattoir moderne à Kagbelen dans la préfecture de Dubréka. Mais cette promesse présidentielle tarde à être réalisée. La relance de la construction annoncée en 2016 par le Gouvernement n’a toujours pas été concrétisée. La raison invoquée : Insuffisance du budget alloué à ce projet.

 

Bah Aissatou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 31 11 14

Créé le Samedi 23 Février 2019 à 9:56

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