Papa Koly Kourouma: « Pourquoi l'opposition a arrêté les manifestations…»

Interview
Papa Koly Kourouma, président du parti GRUP membre de l'opposition républicaine
Papa Koly Kourouma, président du parti GRUP membre de l'opposition républicaine

CONAKRY-Pourquoi l’opposition dirigée par Cellou Dalein Diallo a-t-elle a décidé de sursoir à ses manifestations ? Papa Koly Kourouma l’un des leaders de l’opposition vient de dévoiler les raisons. Dans un entretien accordé à notre rédaction, nous avons aussi évoqué avec le président du parti GRUP la crise dans le secteur éducatif, mais aussi la récente baisse de 5% des prix du carburant. D’autres sujets brûlants de l’actualité sont au menu de cette interview. Exclusif !!!

AFRICAGUINEE.COM : Nous sommes en 2019, quels vos vœux de Nouvel an?

PAPA KOLY KOUROUMA : L’année 2018  a été marquée par assez de tumultes. Nous avons assisté à une instabilité sociale et politique. Quand nous pensons à la grève dans le secteur  de l’éducation, quand nous pensons à la grève de l’ensemble du syndicat, quand nous pensons aux manifestations des forces vives de la nation et des forces politiques, il faut se dire que la Guinée n’a pas été stable. Ce sont des choses qui ne militent pas en faveur d’un investissement sérieux. Aucun investisseur sérieux ne peut venir dans un tel environnement, aucun investisseur ne peut s’hasarder à mettre son avoir dans un environnement où les choses ne sont pas stables et où les conditions d’investissements ne sont créées. Même si ces conditions d’investissements étaient créées, mais la situation sociopolitique étant instable, ceci ne peut pas militer en faveur d’un investissement sérieux et propre. Ce qui revient à dire que l’année qui s’achève n’a pas été une année qui pouvait militer en faveur d’un développement, donc des conditions de vie des citoyens guinéens.

Je souhaite vivement que l’année 2019 soit une année de paix, soit une année qui amènera les gouvernants à se mettre au travail, à réconcilier les guinéens, à prendre en compte les revendications légitimes des guinéens et à faire en sorte que les élections soient organisées à bonne date et que la vérité des urnes soit dite. Quand cela sera fait on pourra espérer à la paix, au développement de la Guinée et on pourra attirer les investisseurs pour créer la richesse afin d’améliorer les conditions de vie de nos concitoyens. Je souhaite vivement bonne et heureuse année 2019 et beaucoup de courage aux guinéens parque qu’on nous a tellement demandé de serrer la ceinture qu’à la date d’aujourd’hui on n’a plus de trous qui puissent nous permettre de serrer la ceinture.

Donc nous demandons à nos gouvernants de mettre tout en œuvre pour qu’on puisse desserrer un peu et qu’on ait un peu de ventre. On va parler de la croissance, du respect de ceci ou cela avec le FMI (fonds monétaire international) ou autres, si cela ne se reflète pas dans le panier de la ménagère cela ne sert absolument à rien. C’est pourquoi je souhaite que 2019 soit une année qui permettra à la Guinée de transformer ses richesses en bien-être des citoyens.

Ceci m’amène à vous poser la question sur la baisse récente du prix du carburant à hauteur de 5%  qui a été beaucoup décriée. Selon vous cette baisse est-elle proportionnelle au coût du baril sur le marché international ?

C’est disproportionné. Il y a ce qu’on a appelé la flexibilité du prix du carburant à la pompe. Il y a un fait déclencheur pour augmenter et également un fait déclencheur pour diminuer.  A un  moment, ils ont augmenté le carburant malgré les revendications des forces sociales, rien n’a été fait  pour baisser le prix du carburant parce qu’ils disaient être sous le coup de la Banque Mondiale et du FMI.  Tous ces programmes sont bien, mais ce ne sont pas les programmes que les citoyens mangent ou qui vont développer le pays. Moi je pense qu’on  nous blague. On parle de programme certes mais j’avoue franchement si on  a les hommes qu’il faut, on n’a pas besoin d’un programme. Les programmes c’est pour vous apprendre à gérer ce que vous avez, mais est-ce que nous sommes incapables de gérer ce que nous avons ? On  vous met des objectifs à atteindre, on vous serre et on vous interdit des pratiques. Est-ce qu’on doit nous interdire des pratiques et nous amener à nous fixer des objectifs ? Ceux qui viennent et qu’on appelle les experts, dans leurs écoles, je crois que 2+2= 4, cette théorie est valable même dans mon village à Kpaya (Guinée-Forestière, ndlr). Donc il faut qu’on arrête de se foutre de nous-mêmes, nous n’en avons vraiment pas besoin. Nous savons tellement de ressources que nous n’avons pas besoin d’aller importer des ressources à l’extérieur. Franchement si on impose la rigueur qu’il faut et qu’on travaille comme il faut, on n’en a vraiment pas besoin de ces programmes. Le Ghana vient de démontrer qu’on n’a pas besoin forcement du FMI ou de la Banque-Mondiale pour améliorer le cadre macro-économique.  On peut parler de croissance à quatre chiffres alors que le citoyen lambda qui est dans sa case là-bas, n’a même pas de lampes tempêtes ou du pétrole pour mettre dans sa lampe. Comment  voulez-vous  parler de croissance dans ces conditions?

Peut-être qu’on ne peut pas rendre tout le monde riche mais il y a des normes et des repères. Il y a ce qu’on doit pouvoir faire pour que le citoyen au moins en se levant, s’il n’a pas cette lampe au moins qu’il voit son éclairage comme on a fait dans les sous-préfectures avec l’éclairage public. On s’attend à plus et on ne peut demander à personne d’autres si ce n’est pas au gouvernement. S’ils ne veulent pas recevoir les revendications et des Forces sociales, ce n’est pas la peine qu’on les appelle gouvernement. Quel que soit la situation ou le travail qu’ils font, on demandera toujours à avoir plus, ceci est inhérent à la nature humaine. J’ai entendu les gens dire que le fait que Soumah ait dit qu’il veut huit millions, c’est trop,  à sa place je demanderais plus. Je m’en fou de comment ils vont le trouver. S’ils ne peuvent pas le trouver, il y a quand-même des manières et le savoir-faire qu’on doit privilégier (…), on appelle les gens sur la table de négociation et il y a un savoir-faire qu’on doit pouvoir privilégier. Autour de la table de négociation avec la force des arguments on essaye de se convaincre. Mais on ne prend pas de façon unilatérale une décision en disant ils n’ont qu’à aller se faire voir.  Non ! Sinon en ce moment on a démissionné de ses prérogatives.

La capacité du gouvernement à régler les revendications fait partie de son job descriptif. Mais quand on se dérobe de ses prérogatives pour aller les faire trainer dans la rue et de parler de leur licenciement, je pense qu’on en fait un peu trop.  Il faut tendre la perche, c’est ça votre travail, justifiez que vous ne pouvez pas payer.

Selon vous qu’est-ce qu’il faut pour sortir de cette situation de crise permanente dans le secteur éducatif ?

Ce qu’il faut, c’est d’ouvrir le dialogue. On ne peut pas de façon désinvolte renvoyer ces gens dans la rue. Ce n’est pas possible, il faut accepter de les recevoir, discuter les offres et mettre sur la table. En face de leur demande, trouver le juste milieu avec la force des arguments.

Le premier ministre oppose l’argument selon lequel on ne peut faire une augmentation salariale à de plus de 50%  en une seule année  pour une seule corporation. Le comprenez-vous ?

Mais il faut expliquer aux gens pour qu’ils comprennent, c’est ça leur travail en fait. C’est la manière d’aborder cette question qui choque le SLECG. Cela doit pouvoir être revu avec élégance. On appelle et on discute. S’ils sont de mauvaise foi, on le démontre mais il faut quand-même démontrer votre disponibilité à discuter avec le SLECG.

Le gouvernement est devenu hostile et répressif à toute forme de revendication. Trouvez-vous ça normal ?

Cette répression doit avoir une limite. Il me manque même des mots pour qualifier cette manière d’agir. C’est inconcevable. En se disant que j’impose de la rigueur, cette rigueur doit se faire avec mesure. On a la fermeté dans les discussions mais cela s’accompagne par la force des arguments. C’est justement cette manière désinvolte qui amène aujourd’hui les responsables du SLECG à durcir leur position et à faire en sorte qu’on ne se fiche pas d’eux. C’est devenu plus une question d’égo qu’une question de revendication syndicale.

L’opposition semble avoir observé une trêve de ses manifestations. Est-ce un repli tactique ou un abandon définitif de la rue ?

L’opposition a été dans l’obligation de surseoir aux marches, cela s’explique par le fait que  lors de la dernière marche nous avons assisté à une situation catastrophique. Vous y étiez et vous avez vu tous ceux qui ont été affectés par ces gaz lacrymogènes qu’on a jetés dans la cour du chef de file de l’opposition. Il y avait plus d’une dizaine de personnes tombées par terre en syncope, les gaz lacrymogènes ne sont pas fait pour mettre les gens en syncopes. Ce sont des gaz qui devaient pouvoir irriter les yeux, irriter le corps mais à faible dose de piment. Mais quand ça arrive au niveau de l’appareil respiratoire supérieur au point de mettre les gens en syncope, il faut se poser la question. A partir du moment  où, nous ne connaissons pas le contenu de ce gaz, nous n’avons pas les fiches d’analyse qui nous donnent la composition de ce gaz, nous estimons que nous exposons nos militants à un danger que nous ne connaissons pas.

Il m’est même arrivé de qualifier ces gaz-là d’arme de destruction massive lente. Personne n’a une idée de ce que ce gaz peut causer à l’organisme (…), vous ne savez pas, ça va se révéler plus tard. C’est pourquoi nous avons décidé de suspendre et de demander une expertise internationale pour nous permettre de connaitre la composition de ce gaz  et que le gouvernement s’explique sur ce qu’ils utilisent. Pour l’instant  on dit aux militants d’attendre et nous attendons que cette procédure aboutisse pour nous permettre de reprendre nos marches. Pour le moment il y a plusieurs formes de manifestations que nous allons privilégier pour éviter qu’on expose nos militants à cette barbarie.

Comme quoi par exemple à part la rue ?

Nous allons nous retrouver, on est d’ailleurs en train  de préparer une retraite de l’opposition républicaine les jours à venir. L’occasion sera mise à profit pour discuter de toutes ces questions afin de trouver la nouvelle stratégie adaptée à la réalité actuelle. Cela ne va pas tarder.

Dr Faya Milimono accuse les leaders de l’opposition républicaine d’accompagner Alpha Condé dans la violation des lois. Que répondez-vous ?

Le fait même d’attendre un an après les élections pour installer les exécutifs communaux est une violation aussi de la loi. Le fait de ne pas organiser les élections à bonne date est une violation de la loi, le fait de ne pas dire la vérité des urnes est une violation de la loi. Donc l’opposition n’accompagne pas le pouvoir en place, c’est justement contre ces violations répétées que l’opposition est en train de manifester aujourd’hui. Cette manifestation est une dénonciation des violations des lois par les gouvernants en place. Au vu de tout cela, je ne pense pas que l’opposition puisse accompagner le gouvernement dans ce sens. Au contraire.

A suivre…

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

Créé le Jeudi 03 janvier 2019 à 17:19