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Patrimoine bâti public : le chef de l’État sur le terrain

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Présidence de la République

Le président de la République, le Pr Alpha Condé, accompagné par la direction générale du Patrimoine bâti public (PBP), a effectué récemment une visite de terrain pour connaître l’état des lieux des bâtiments et domaines de l’État en vue de l’intégrer dans le projet Grand Conakry Vision 2040. 

Première étape, l'ancien siège du projet de raffinerie d’alumine de Diandian sis au quartier Almamya. La vétusté des lieux appelle une rénovation, déjà inscrite dans le programme de la direction générale du Patrimoine bâti public. 

Le chef de l’État a ensuite visité, à Coronthie, les anciens locaux du service Matériel du ministère de l'Économie et des Finances. Là aussi, le constat est alarmant. Les lieux ont été transformés illégalement en menuiserie et en abris de fortune par toute une smala. 

Au quartier Sans-fil, les bâtiments attenants à l’escadron mobile de gendarmerie numéro 2 ne sont plus guère reluisants. Le président a aussi constaté de visu l’état désolant d’un espace abandonné jouxtant la Cité ministérielle et jadis occupé par des réfugiés libériens. La Cité étant une zone stratégique, le Pr Alpha Condé a demandé que les lieux soient sécurisés. Il a également visité un domaine situé près du camp Boiro. Les deux espaces doivent être versés dans le portefeuille du Patrimoine bâti public, a-t-il instruit. 

Ces visites de terrain inopinées s’inscrivent dans le cadre du projet Grand Conakry Vision 2040, une composante du vaste programme Vision Guinée 2040 qui devrait à terme hisser la Guinée au rang des pays émergents, comme l’ambitionne le Pr Alpha Condé dans cette déclaration : « Dès ma prise de fonction à la tête de l’État, j’avais exprimé mon désir et ma volonté de travailler avec mes concitoyens pour forger une nouvelle ère de renouveau, de démocratie et de progrès et mettre notre chère patrie sur la trajectoire devant lui permettre de se hisser au niveau des pays émergents. C’est dans ce contexte que j’ai ordonné au gouvernement de renouer avec la planification stratégique du développement à moyen et long termes et d’élaborer la Vision Guinée 2040 tout en faisant participer toutes les composantes de la société à sa confection. »

L’État reprend possession de ses bâtiments et domaines illégalement occupés

Selon le directeur général du patrimoine bâti public, Mohamed Lamine Yayo, s’exprimant devant les journalistes après les visites, il s'agit pour l'État de reprendre possession des bâtiments et des domaines publics occupés illégalement et inconsidérément par des personnes physiques ou morales afin qu’ils soient intégrés au projet Grand Conakry Vision 2040, un projet ambitieux du président de la République. Le recouvrement de ces avoirs publics va de pair avec la mission d’assainissement du fichier du patrimoine bâti public qui a été lancée sur le terrain en 2016 par l’actuelle direction générale du PBP. La mission avance sûrement et le patrimoine s’accroît sans cesse de biens-fonds naguère perdus. Cette récupération n’est certes pas pour plaire aux occupants, mais elle est un préalable à la mise en œuvre du nouveau programme d'urbanisation de la capitale.

L’une des missions de la direction générale du Patrimoine bâti public est de présenter au président de la République des schémas modernes et réalistes afin qu'il les intègre dans sa Vision Guinée 2040. « Les immeubles jumeaux de Boulbinet ont été construits à l'époque coloniale, ils sont dans un état de délabrement poussé qui appelle des mesures d'accompagnement en vue de leur restauration, a-t-il souligné. L'action publique doit être efficace, pertinente et cohérente. Les options qui s'offrent sont la rénovation, la destruction ou le remplacement de ces bâtiments par d'autres édifices. Nous aviserons sur la meilleure décision à proposer. »

Selon Mohamed Lamine Yayo, le président de la République s’applique à ciseler et métamorphoser la ville de Conakry comme un orfèvre travaillant sur un concept qui se déploie dans sa propre temporalité. « C’est comme un diamant brut : il faut d'abord le débarrasser de sa gangue, le tailler patiemment et méticuleusement afin d'en sortir un joyau à la splendeur éblouissante », a-t-il ajouté. 

Il assure que la direction générale du Patrimoine bâti public jouera sa partition afin que le projet Grand Conakry Vision 2040 puisse se réaliser dans le cadre de partenariats public-privé à travers des baux à construction, des baux emphytéotiques ou des baux commerciaux à l'expiration desquels les bâtiment retomberont dans l'escarcelle de l'État. « Une des missions de la direction générale du Patrimoine bâti publicest de veiller sur le patrimoine bâti de l'État. Pour ce faire, la Commission nationale d'assainissement du fichier que nous avons mise en place dès notre entrée en fonctions continue son travail. Elle déniche les occupants illégaux – qui sont nombreux, il faut le dire – afin que l'État recouvre pleinement ses avoirs. Ces biens sont imprescriptibles et inaliénables. La puissance publique s’exercera sur tous les contrevenants », assure le directeur général. 

Les mesures achoppent sur des résistances ici et là, elles sont mal perçues par les familles qui les subissent mais elles sont nécessaires, car l’intérêt général prime l’intérêt particulier. 

De Singapour à Grand Conakry Vision 2040

Lee Kuan Yew, Premier ministre singapourien de 1959 à 1990, avait dû prendre des mesures courageuses et impopulaires pour transformer en profondeur le visage de l’île de Singapour, qui était alors un simple avant-poste britannique constitué de masures et de chaumières. Malgré un manque total de ressources naturelles sur l’île et des clivages ethniques marqués et rédhibitoires a priori (entre Chinois, Indiens, Malais et autres catégories diversifiées), le diplômé de la célèbre université de Cambridge (Angleterre) avait une vision haute et claire pour son pays et sa détermination à la réaliser était ferme. En deux décennies la cité-État Singapour est devenue l’une des mégalopoles les plus modernes et les plus riches d’Asie et une plaque tournante de la haute technologie où prospèrent les biens et les services. Elle a aujourd’hui le deuxième port le plus grand du monde après celui de Shanghai. 

Eh bien, la mesure la plus courageuse et la plus impopulaire qu’avait dû prendre Lee Kuan Yew était sans conteste la récupération des terres, qui appartiennent en dernier ressort à l’État lorsqu’il vise l’intérêt général. 

Suivant les directives du Pr Alpha Condé, la direction générale actuelle du Patrimoine bâti public s’aligne sur le modèle singapourien, qui avait été « le miroir de la Chine », une expression assumée par le réformateur Den Xiaoping, artisan de l’émergence fulgurante de l’empire du Milieu dans l’économie mondiale. La Banque mondiale recommande d’ailleurs ce modèle aux pays en développement et notamment aux Africains. 

Les étapes charnières du patrimoine bâti public guinéen

Mohamed Lamine Yayo rappelle les étapes charnières du patrimoine bâti public.  Il y a tout d’abord la période phare qui est l'héritage par la Guinée des bâtiments officiels de l'époque coloniale après l’indépendance nationale. Ceux qui ont été construits sous la première République s’y sont ajoutés. Il y a également les bâtiments réalisés par certains projets au terme desquels ils ont été versés dans le portefeuille du Patrimoine bâti public, ainsi que toutes les réserves foncières et toutes les réserves maritimes. Il évoque aussi le règlement du contentieux patrimonial franco-guinéen à l'occasion de la visite que le président français Valéry-Giscard d'Estaing avait effectuée à Conakry en décembre 1978. À l’occasion, la Guinée et la France avaient trouvé un accord amiable pour verser tous les bâtiments laissés par l'ancien colonisateur dans l’escarcelle du patrimoine bâti public guinéen. L’accord avait consolidé en quelque sorte la reprise des relations diplomatiques rompues vingt ans  auparavant. 

Afin que nul n’en ignore, le directeur général du Patrimoine bâti public souligne le cas préoccupant de l'île de Kassa où les détournements des bâtiments publics par des squatteurs sont légion. Malgré les résistances opposées par les occupants clandestins, la direction générale s’applique fermement à reprendre possession des lieux publics. 

Projets de logements sociaux dans la conurbation de la capitale 

À Kobaya 20 000 logements sociaux seront construits et 30 000 à Keïtaya. Ils répondront à une partie de la demande criante de logements à Conakry et dans ses conurbations que sont Dubréka et Coyah. D’autres projets seront mis en œuvre afin de résoudre la crise du logement. Ils satisferont aux normes standards en ce qui concerne l’urbanisation, l’architecture, les espaces verts, les commodités, les loisirs, la salubrité, le respect de l’environnement, etc. 

Le président Alpha Condé est très attentif à son programme pour une Guinée émergente. Grand Conakry Vision 2040 est assurément l’un de ses projets phares, avec les grands barrages hydroélectriques et les infrastructures routières, portuaires, hôtelières, etc. Le Professeur accompagne avec un soin particulier la direction générale du Patrimoine bâti public. Il appuie la réalisation de tous les schémas qu'elle trace dans le cadre de sa mission. Mettre de l’ordre dans l’urbanisation galopante et anarchique de la capitale guinéenne n’est pas une tâche facile. Mais il était temps de l’entreprendre. À la différence des grandes capitales et villes de la sous-région, les schémas urbains guinéens se sont fourvoyés très tôt dans le désordre. Ce qui trahit un manque de vision holistique et géométrique des autorités précédentes en matière d’urbanisation. 

Une politique d’urbanisation cohérente 

L’étude Grand Conakry Vision 2040 a été financée par l’Union européenne, en complément du programme d’assistance technique du groupe Louis Berger auprès du ministère de la Ville et de l’Aménagement du Territoire (MVAT), avec pour objectif d’aider les autorités guinéennes à relancer une politique cohérente de planification et d’aménagement, au niveau national et régional. Grand Conakry Vision 2040 est un document de synthèse dont le contenu, basé sur un diagnostic exhaustif, présente les enjeux et les questions-clefs de la métropolisation (urbanisme, mobilité, transports, environnement, développement économique et social, etc.), puis fixe des orientations et des scenarii d’aménagement crédibles sur le moyen et le long termes dans une perspective de bonne gouvernance adaptée aux objectifs de déconcentration et de décentralisation portés par les autorités. Il permet de poser les fondements des politiques de planification à venir et propose à tous les acteurs publics et privés de partager une stratégie et une vision communes, gages d’une meilleure cohérence des initiatives sectorielles. 

Un objectif de clarification et de cohérence urbaine 

La conduite de l’étude, confiée au bureau Louis Berger associé au cabinet Arte-Charpentier et à un groupement de spécialistes, a mobilisé une douzaine d’experts. Très expérimentés dans leur domaine respectif, ils ont travaillé dans un esprit pluridisciplinaire et transversal et en dialogue constant avec les représentants des départements ministériels, afin de faire émerger une stratégie cohérente et consensuelle partagée avec la partie guinéenne et l’Union Européenne dans le cadre de réunions thématiques. Le document final est synthétique, simple à lire et abondamment illustré, afin de le rendre accessible à toutes les parties, des décideurs aux techniciens en passant par la société civile. Il est accompagné d’un support de communication sous la forme d’un film. 

Une étape-clef vers l’élaboration des documents de planification 

Grand Conakry Vision 2040 a été une étape déterminante vers la production de nouveaux documents de planification dont la Guinée a aujourd’hui besoin pour assurer son développement, en particulier le nouveau Schéma national d’aménagement du territoire (SNAT) et le nouveau Schéma directeur du Grand Conakry, en remplacement des anciens plans élaborés il y a trente ans. L’enjeu de Grand Conakry Vision 2040 dépasse le cadre de la ville-capitale, il engage aussi le développement de la Guinée : le contenu finalisé du document a donc dû faire l’objet d’une approbation dans le cadre d’un Comité interministériel d’aménagement du territoire (CIAT) convoqué sous l’autorité du Premier Ministre, qui lui a conféré la légitimité nécessaire pour qu’il serve de document de référence pour la relance des politiques de planification. 

Un calendrier qui privilégie le dialogue et l’appropriation 

L’élaboration de Grand Conakry Vision 2040 s’est déroulé dans un esprit de débat et d’échanges entre les experts et les autorités guinéennes, qui ont été amenées à se prononcer à chaque étape importante : les experts ont soulevé des hypothèses nourries à la fois par le diagnostic et les expériences et la partie guinéenne a construit sa propre vision et la stratégie qu’il convient de mener à long terme, puis l’a finalisée au sein des instances créées à cet effet (Techniques et Comités de pilotage). 

Un document qui répond aux enjeux de la ville durable 

Les dysfonctionnements constatés (congestion urbaine, inondations, pollution, inégalités sociales, etc.) croisés avec les perspectives de pression démographique et d’exode rural font craindre un doublement de la population à l’horizon 2040, une aggravation des conditions de vie des habitants, une exposition accrue aux risques naturels et industriels et une mise en danger des espaces fragiles : mangroves et zones humides, espaces d’économie agricole, zones forestières et reliefs.

Gouverner c’est prévoir. Les nouveaux schémas directeurs tiennent compte de cet axiome politique universel afin que Conakry devienne à terme une capitale véritablement moderne. 

 

El Béchir

Créé le Lundi 08 octobre 2018 à 14:07