.

Cellou Dalein : « J’ai dit aux autorités françaises… » (Interview exclusive)

Facebook icon Twitter icon
Interview
Cellou Dalein Diallo leader de l'UFDG (Guinée)
Cellou Dalein Diallo leader de l'UFDG (Guinée)

CONAKRY- Quel est le message qu’a délivré Cellou Dalein Diallo aux autorités françaises et allemandes ? Au lendemain de son retour à Conakry, le Chef de file de l’opposition guinéenne a bien accepté de répondre à nos questions. Avec le leader de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée, nous avons abordé plusieurs questions liées à sa tournée européenne, mais aussi la situation sociopolitique de son pays qui reste marquée par une nouvelle crise due notamment à l’augmentation du prix du carburant à la pompe.

 

AFRICAGUINEE.COM : Vous venez de rentrer d’une tournée en Europe où vous avez été reçu à l’Elysée et au Parlement allemand. Dites-nous quel était l’objectif de cette tournée ? 

CELLOU DALEIN DIALLO :Le premier objectif, c’est de prendre contact avec mes militants qui sont dans ces pays-là pour leur expliquer comment les choses évoluent ici. Parce que comme vous le savez, il y a eu les élections locales et les fraudes dont on a été victimes, il y a eu la répression sanglante des manifestations. Nos militants ont soutenu, ils ont parfois envoyé de l’argent pour soutenir les malades, pour soigner les blessés, entretenir les prisonniers, aider à payer les avocats. Donc il était important que je vienne les remercier et surtout leur expliquer dans quelles conditions la fraude a été organisée et expliquer où on en était par rapport au règlement du contentieux électoral né de ces élections. 

J’ai expliqué aussi surtout aux militants, dans quelles conditions j’ai rencontré le Président de la République et qu’est-ce qui a été décidé à l’issue de notre rencontre. Où en est l’application de la circulaire qui a sanctionné cette rencontre pour que les gens comprennent. Parce qu’on a besoin d’abord d’informer nos militants qui sont très mobilisés à nous soutenir dans notre combat pour le respect de la Constitution, les lois de la République, même étant très loin.

Accessoirement vous avez été reçu au parlement Allemand et à l’Elysée. Quel message avez-vous véhiculé? 

J’ai été reçu au Ministère des Affaires Etrangères, au Parlement allemand, à l’Elysée aussi, pour expliquer là aussi ce qui se passe. Quelle était la lecture du chef de file de l’opposition sur les évènements dans le pays, le contentieux électoral, sur la violation des droits humains, sur le non-respect des accords politiques. Pare que l’Allemagne et la France sont des partenaires impliqués aussi bien dans le processus électoral que dans le développement de notre pays.

Avez-vous eu l’impression d’avoir été entendu par vos interlocuteurs ?

Oui je pense qu’ils ont compris. Leurs représentants ici comprennent parfaitement la situation parce que nous nous rencontrons régulièrement. L’ambassadeur de la France mais aussi celui de l’Allemagne s’impliquent pour que des solutions soient trouvées non seulement par rapport au contentieux, mais aussi à cause du non respect des dispositions des accords politiques.

Que pensez-vous de l’augmentation du prix du carburant  par le Gouvernement ? 

Si sur le plan technique ou sur le plan économique, on peut peut-être dire qu’on doit appliquer la flexibilité, ce que le gouvernement a refusé dans le passé d’appliquer la flexibilité alors qu’on l’a adopté comme moyen de régler tout problème qui peut naître de la fluctuation des cours du brut. Mais le pétrole a baissé sur le marché international, le Gouvernement a refusé de baisser le prix à la pompe. Il en a profité largement et pendant longtemps parce que la Taxe spécifique sur les produits pétroliers (TSPP) a augmenté en ce moment au-delà de ce qui était prévu. Lorsque maintenant le prix monte, c’est tout à fait normal et légitime de la part des citoyens et notamment des syndicats de dire non puisque le Gouvernement a refusé d’appliquer la flexibilité, lorsque la tendance était baissière, lorsque la tendance est haussière, les syndicats refusent qu’on l’applique. Il faut consommer les marges, les provisions constituées pendant la période baissière. Nous disons que c’est tout à fait légitime.

Mais de l’autre côté, les conditions de vie des populations sont très difficiles. Aujourd’hui, je pense que pour résorber les déficits, il serait important de diminuer la corruption. Il faudrait bien toucher ces marchés de gré à gré que je ne cesse de dénoncer avec des surfacturations élevées. Vous prenez par exemple la route Coyah-Dabola dont les travaux viennent d’être lancés, c’est un million de dollars le kilomètre. C’est évident que le coût réel d’un tel projet au kilomètre ne peut pas dépasser 700.000 dollars.  

Donc, il y a des gens tapis dans l’administration un peu partout, qui profitent des commissions. Parce qu’il n’y a pas eu d’appel à la concurrence. Donc il n’y a pas eu transparence. Si les marchés étaient attribués dans la transparence, dans le respect des règles de la concurrence, on aurait eu des prix beaucoup plus faibles, on aurait fait des économies. Mais comme le clan doit profiter de tous les marchés, naturellement, la transparence est toujours mise de côté. 

Que pensez-vous de l’annonce du Ministre Bouréma Condé qui indique que le Gouvernement va procéder à l’installation des maires dans les circonscriptions ne faisant pasobjet de litiges ?

Cette fois-ci aussi, nous avons exprimé notre désaccord. Il faut régler le contentieux électoral avant d’installer les maires. On ne peut pas faire deux élections locales. Tous les élus doivent avoir le même mandat de cinq ans. Alors si on installe un groupe maintenant et on attend un ou deux mois après pour installer l’autre, comment vous allez faire pour renouveler les conseillers communaux au terme des mandats à la même période ? Je pense qu’il faut régler le contentieux électoral et installer tous les conseillers communaux en même temps. Nous avons signifié aux autorités notre forte réserve par rapport à cette décision de Bouréma Condé. 

Sidya Touré exprime également la même opposition par rapport à cette démarche du Gouvernement. Peut-on s’attendre à un front Cellou-Sidya pour faire fléchir le Pouvoir d’Alpha Condé ? 

Je n’ai pas eu récemment de contact avec Sidya Touré, mais c’est dans la défense des intérêts communs, des valeurs partagées qu’il y a normalement les alliances. Si nous voulons tous œuvrer pour la transparence des élections, pour le respect de la vérité des urnes, nous devenons alliés dans la défense de ces valeurs et des principes. Ce n’est pas autour des sentiments ou d’autres considérations qu’on peut avoir une alliance. Lorsque nous défendons les mêmes valeurs, les mêmes principes, nous sommes attachés aux mêmes normes qu’on devient des alliés dans la lutte pour l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit. 

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 112

Créé le Jeudi 05 juillet 2018 à 17:04

Facebook icon
Twitter icon
Google icon