Clea Kahn-Sriber de Reporters Sans Frontières : « La situation des médias en Guinée est préoccupante... »

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Interview

CONAKRY- Au lendemain de la fermeture à Conakry de plusieurs radios privées, l’ONG internationale « Reporters Sans Frontières » vient d’interpeller les autorités guinéennes au plus haut niveau, notamment le Président Alpha Condé. Clea Kahn-Sriber, la responsable du Bureau Afrique de Reporters Sans Frontières s’est confiée ce mardi 12 décembre 2017 à notre rédaction…

 

AFRICAGUINEE.COM : Quel regard portez-vous sur la presse guinéenne qui traverse depuis quelques mois des difficultés ?

CLEA KAHN-SRIBER : La situation s’était maintenue au cours des dernières années, mais là ce qui est préoccupant, c’est qu’au cours des dernières semaines et mois, on assiste vraiment à un resserrement du Gouvernement autour des médias et contre les médias en Guinée.

Des radios sont fermées, des journalistes violentés et d’autres poursuivis. Le tableau est très sombre. Selon vous quel est l’avenir pour la liberté de la presse en Guinée ?

Oui comme vous rappelez, il y a eu les suspensions musclées de certains medias, l’arrestation, les violences contre les journalistes, et je pense qu’il y a une plainte déposée contre les personnes qui se sont rendues responsables de ces violences, on espère que la justice guinéenne pourra rendre justice.

Ensuite après la déclaration à l’emporte-pièce du Président guinéen, on assiste aujourd’hui à la fermeture de plusieurs radios, officiellement pour des raisons administratives. Je pense que c’est un ensemble de choses, c’est vrai que les medias en Guinée qui ont des conditions économiques compliquées sont sûrement en difficulté parfois pour se régulariser. Mais la façon dont c’est fait et suite aux annonces qui ont été faites par le Président lors de la clôture des assises de l’UPF (Union de la Presse Francophone, Ndlr), on ne peut pas voir ça autrement que comme la mise en œuvre des annonces qu’il avait faites de fermer les radios. Donc, ça sonne comme une décision politique qu’administrative.

C’est en ça que Reporters Sans Frontières trouve cela assez préoccupant. Cette espèce d’escalade ne semble pour l’instant pas s’arrêter. Vous rappeliez le cas des journalistes poursuivis et qui risquent de graves peines d’emprisonnement.

Qu’est-ce votre Reporters Sans Frontières envisage pour aider les medias guinéens ?

Notre secrétaire Général était présent en Guinée le mois dernier dans le cadre des assises de l’UPF (Union de la presse francophone), à cette occasion, il a pu rencontrer  le Président Alpha Condé. Il lui a transmis les recommandations de reporters sans frontières (RSF) concernant plusieurs éléments. Notamment la mise en œuvre de la Loi sur l’accès à l’information mais aussi sur la notion que si certains journalistes pouvaient de temps en temps avoir des propos jugés trop véhéments ou outranciers, ce n’était pas une raison de jeter toute la raison dans le même sac et de faire preuve de discernement dans la façon dont il concevait ses relations avec les médias en Guinée.

Avez-vous un appel à lancer aux autorités guinéennes ?

On réitère l’appel qui a été porté par notre Secrétaire Général, à savoir appliquer les règles existantes dans le pays concernant la liberté de la presse et de renforcer le dialogue entre les autorités et les medias pour une meilleure compréhension du rôle et des limites de chacun.

Je pense que c’est les recommandations qui ont été portées auprès du Président et on espère qu’il va pouvoir les entendre et les appliquer. Parce que ce climat d’escalade ne fait qu’accroître la défiance entre les autorités et le monde des medias en Guinée.

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar1

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 112

Créé le Mardi 12 décembre 2017 à 17:05

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