Cellou Dalein Diallo : « Que les guinéens se tiennent prêts… » (Interview)

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Interview
Cellou Dalein Diallo, leader de l'UFDG
Cellou Dalein Diallo, leader de l'UFDG

CONAKRY- C’est un message d’alerte que le Chef de file de l’opposition guinéenne vient de lancer ! Cellou Dalein Diallo a appelé ses compatriotes à la mobilisation pour barrer la route à Alpha Condé qui selon lui est dans la dynamique d’une modification de la Constitution. En exclusivité, le leader de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée s’est confié à un journaliste de notre rédaction. Cellou Dalein Diallo est revenu sur plusieurs sujets qui font l’actualité de son pays, notamment la grève des syndicats de l’éducation, et le bras de fer entre le pouvoir d’Alpha Condé et les Hommes de médias.

 

AFRICAGUINEE.COM : Le 14 novembre dernier, vous avez célébré le dixième anniversaire de votre arrivée à la tête de l’UFDG. Quel bilan pourriez-vous tirer de votre parcours ?

CELLOU DALEIN DIALLO : Je crois que ce bilan a été égrené lors de la célébration des 10 ans de cellou à l’UFDG à Conakry. Vos vous souviendrez que lorsque j’arrivais à l’UFDG, ce parti état dirigé par une personnalité très forte bien connue des guinéens, mais ce parti n’était pas bien implaté. Doyen Ba Mamadou avait quitté l’UPR (l’Union pour le Progrès et le Renouveau, Ndlr) pour être là, il n’avait pas eu le temps et l’énergie me disait il, de procéder à l’implantation du parti. Il n’y avait ni comité de base, ni section, ni fédération. Dès mon arrivée je me suis attelé à cette implantation. L’UFDG a été rapidement implanté dans 304 sous-préfectures de la Guinée, des sections et des organismes parallèles dans l’ensemble du pays. Et très rapidement il y a eu une forte adhésion des populations à ce parti. Nous sommes en Moyenne Guinée, en 2007-2008 il y avait deux partis dominants ici, le PUP et l’UPR. Ces deux partis se sont vidés littéralement en faveur  de l’UFDG. La preuve à l’élection présidentielle à laquelle le parti a participé en 2010, la première d’ailleurs, nous avons pu totaliser 44% des suffrages valablement exprimés contre 18% pour le deuxième à l’occurrence Alpha Condé. Cela a prouvé qu’en quelques mois, nous avons pu faire de l’UFDG la première force politique du pays. Pourtant on avait pas participé auparavant à une quelconque élection (présidentielles ou législatives). Ce travail a été fait par mes collaborateurs et moi en quelques mois seulement. A la date d’aujourd’hui je pense que l’UFDG  reste la première force politique du pays . Si vous vous referez au premier tour des élections de 2010  qui ont été les seules transparentes d’ailleurs comme l’a dit récemment Sidya Touré,  qui reflétaient vraiment la vérité des urnes. Depuis lors c’est la mascarade, des hold-up électoraux auxquels nous avons assistés.

Donc ce bilan j’en suis fier, et aujourd’hui il y a des adhésions massives que l’UFDG continue d’enregistrer parce qu’aux yeux des beaucoup de guinéens c’est le parti qui peut apporter les transformations nécessaires à la réconciliation et l’amélioration des conditions de vie des guinéens.

Quel regard portez-vous sur le bras de fer entre d’un côté les syndicats et le pouvoir, et la presse et le pouvoir ?

Il faut rappeler qu’Alpha Condé a déçu. Tout le monde pensait que ce professeur de droit, cet opposant historique, une fois au pouvoir allait avoir à cœur la mise en place d’un Etat de droit et la construction d’une démocratie apaisée. Mais les guinéens sont déçus, tout le monde a compris que ce n’est pas un démocrate, ce n’est pas quelqu’un qui a le souci de réconcilier les guinéens  ou qui a le souci d’instaurer une démocratie apaisée . Son bilan est connu de tous les guinéens, ce n’est pas pour rien tout le monde est frustré, beaucoup de déçus viennent vers l’UFDG. Alpha Condé s’est engagé dans une entreprise de déstabilisation, d’intimidation de l’opposition, de la société civile mais également de musellement de la presse, parce qu’il prépare son troisième mandat, il prépare le tripatouillage de la constitution. Pour ce faire, il faut qu’il intimide, divise, déstabilise toutes les forces susceptibles de s’opposer à ce tripatouillage de notre constitution, mais il se trompe.

Ceci dit, vous avez assisté ces derniers temps aux sanctions infligées à la presse, à la destruction du matériel des journalistes, aux bastonnades des journalistes et la suspension de la radio Espace. Aujourd’hui c’est le tour des syndicats. Pourtant la liberté syndicale est consacrée par la constitution de ce pays. Les syndicalistes qui ont lancé un mot d’ordre de grève sont considérés comme des hors de la loi qu’il faut poursuivre, arrêter, intimider.

Son objectif c’est de casser complètement la société civile pour que le jour où il annoncera son histoire de troisième mandat, que les forces vives de la nation ne soient pas unies afin de s’opposer justement à cette entreprise à laquelle il tient tant. L’opposition s’attend à beaucoup de choses déjà. Il a entrepris de la diviser, d’opposer les leaders afin qu’ils ne puissent pas résister le moment venu à cette tentative de modification de la constitution. Alpha Condé est égal à lui-même, aujourd’hui il a un enjeu, un agenda, c’est celui de s’octroyer le troisième mandat, et pour ça il ne peut pas ne pas intimider, déstabiliser, diviser l’opposition, la société civile et la presse. Il faut vous attendre à beaucoup d’autres actions qui entrent dans cette dynamique dans la même logique.

C’est la presse, l’opposition et la société civile qui peuvent dire à Alpha Condé de rendre le tablier à la fin de son mandat, donc il est dans la dynamique de casser tout, emprisonner certains, bastonner d’autres comme les journalistes, acheter des leaders politiques pour les allier à la cause du pouvoir, créer des problèmes à ceux qui ne cèdent pas.

Dire que celui qui fait une grève est un hors de la loi ou un ennemi du pays, ce n’est pas vrai. C’est un simple argument d’Alpha Condé afin d’arrêter des syndicalistes et les mettre en prison. Vous entendrez bientôt que des journalistes sont arrêtés ou des leaders sont victimes d’accusations graves. Sinon la grève lancée est légale, il (Alpha Condé NDLR) n’use que de la force, pas la loi ni la vérité. Il veut amener tout le monde à la soumission. Ce que vous entendez arrestation des syndicalistes par ci, menace par là, ou toute radio qui diffusera une information relative à la grève est hors de la loi, tout ça ce n’est pas permis par la loi.

Si Alpha Condé décidait de modifier la Constitution, que feriez-vous ?

Actuellement Alpha Condé veut modifier la constitution qui dit que chaque président n’a droit qu’à deux mandats, un mandant renouvelable une fois. La constitution qui prévoit un mandat renouvelable ne doit pas être changée. Vous voyez le vent qui souffle au Zimbabwe, au Togo, en Gambie, tout le monde est fatigué de voir une seule personne à la tête d’un pays, et qui dit que je suis le seul capable de diriger. Tu diriges pendant ton mandat, tu t’en vas et quelqu’un d’autre qui incarne la volonté populaire arrive. Alpha manifeste la volonté de s’éterniser au pouvoir, mais le peuple de Guinée n’acceptera pas cela pour lui. Que les gens soient prêts. S’il demande d’aller aux élections dans ce sens, que tout le monde refuse pour aller dans la rue pour dire il n’est pas question de faire un troisième mandat. Lui-même a juré de respecter la loi, si Alpha décide de violer la constitution que le peuple soit prêt à le contrer, soyons prêts, l’homme (Alpha Condé NDLR) ne vaut pas quitter le pouvoir. Même s’il s’agit de tripatouiller la constitution il est prêt. Le peuple doit montrer qu’il a déjà fait le réveil des consciences parce que nous voyons ce qui se passe dans les autres pays, en Afrique notamment. Que les gens soient prêts, nous avons vu le printemps arabe en Tunisie, En Egypte, au Zimbabwe, au Togo, que les gens prennent leur destin en main.

Aujourd’hui en Afrique de l’ouest il n’y a pas un pays où le mandat n’est pas limité à deux. Dans la sous région ouest-africaine le verrou constitutionnel y est sur la limitation de mandat. C’est 5 ans fois deux ; après ça quelque soit votre beauté, votre compétence il doit plier bagage et laisser la place aux autres, c’est ça le changement.

Qu’est-ce qui explique selon vous le déplacement d’Alpha Condé dans les familles des deux élèves tués lors des dernières manifestations ?

Il faut se poser la question pourquoi c’est la première fois que Monsieur Alpha Condé vient compatir avec une famille qui a perdu un des leurs lors d’une manifestation politique ou sociale ? C’est parce que il y a une famille du RPG qui a été touchée, sinon il y a plus de 80 jeunes qui ont été arrachés à l’affection de leurs familles. Des jeunes tués à bout portant, jamais Alpha Condé n’a compati à la douleur de ces familles. Aujourd’hui comme une famille du RPG est touchée, il s’y rend, évidemment il est parti dans la famille Diakité et c’était difficile pour lui de ne pas aller dans la famille Bah surtout que les deux jeunes ont été tués dans les mêmes circonstances au cours de la même grève. C’est tout simplement parce que cette fois quelqu’un du RPG fait partie des victimes. Pour lui les autres ne sont pas des guinéens qui méritaient la compassion du Gouvernement ou du président de la République.

Des médias ont montré récemment une forme d’esclavage en Libye où des noirs sont vendus. Votre réaction ?

Ecoutez ! Guinéens, sénégalais, maliens ou gambiens  c’est la même chose, c’est une violation des droits humains. L’esclavage est considéré comme un crime contre l’humanité. La communauté internationale doit réagir mais avant l’Afrique doit réagir. Je pense que les rections de l’Afrique ont été insuffisantes, c’était un peu timide par rapport à l’enjeu de ce traitement dégradant et inhumains infligé à des africains par des africains, les ressortissants de tous ces pays y compris la Libye sont membres de l’Union Africaine. Je pense que la Guinée qui assure actuellement la présidence tournante de l’Union Africaine devrait mieux faire de ce qui a été déjà fait pour que cet esclavage s’arrête et que nos compatriotes, nos frères africains  qui sont en Libye soient traités avec plus de dignité

Merci Elhadj Cellou Dalein !

Je vous en prie !

 

Interview réalisée par Alpha Ousmane Bah

Pour Africaguinee.com

Tél. (00224) 664 93 45 45

Créé le Dimanche 26 novembre 2017 à 13:01

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