Ibrahima Chérif Bah confie : « j’ai donné un conseil à M. Alpha Condé… » (Interview)

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Interview
Ibrahima Chérif Bah, VP de l'UFDG
Ibrahima Chérif Bah, VP de l'UFDG

CONAKRY-Ibrahima Chérif Bah, ancien Gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée brise le silence ! Dans cette première partie d’une interview exclusive qu’il nous a accordée, ce vice-président de l’UFDG, principale formation politique d’opposition, s’est prononcé sur la nouvelle date des élections communales, les prochaines manifestations de l’opposition et de ses nouvelles exigences. L’opposant évoque également la question d’une éventuelle révision de la Constitution. Lisez…  

Africaguinee.com : M. Ibrahima Chérif Bah bonsoir ! La CENI a choisi la date du 04 février 2018 pour l’organisation des élections communales alors que l’opposition les réclamait avant la fin de l’année 2018. Quelle est votre réaction ?

IBRAHIMA CHERIF BAH : A mon avis c’est une annonce qui a été faite. Et comme on le sait, on est habitué à cela. Il y a eu plusieurs annonces sur ces élections. Elles étaient déjà prévues en février 2016, ensuite le 18 décembre, maintenant on dit que c’est le 04 février 2018. Qui sait ? C’est une donnée qu’on prendra en considération. Il est certain qu’une date c’est important, mais il faut le faire. Nous avons toujours besoin d’une CENI compétente, honnête, transparente qui organise des élections sans problèmes. Il faut que avant, pendant et après les élections soient honnêtes et que l’après élections soit calme. Donc, on prend bonne note de cette annonce de la CENI et nous  espérons qu’elle sera suivie d’effet.

Mais je vous signale que c’est un point sur dix ou douze de l’accord politique. Il y a des points extrêmement importants non encore réalisés et pour lesquels, il y a eu des dates précises à chaque moment. Je parle notamment du fichier électoral qu’il faut nettoyer, l’installation de la Haute cour de Justice, la recherche, le jugement et la punition des coupables des assassinats parce que quand un manifestant pacifique est tué par balles, c’est un assassinat, l’indemnisation des victimes etc. Donc, nous prenons bonne note de cette annonce et l’opposition va l’analyser et prendre position.

L’opposition a manifesté ces derniers mois pour exiger notamment la tenue des élections communales avant fin 2017. N’est-ce pas un revers pour vous ?

Souvent ce gouvernement, la CENI nous ont trompé. Ils ont fait perdre du temps à tous les guinéens. Je pense que si l’opposition a la garantie que pour une fois, la CENI tient parole, ce serait une première. Mais j’ai envie de dire que ce n’est pas un camouflet pour l’opposition. C’est un camouflet à tout le peuple de Guinée. L’opposition veut des élections transparentes pour tout le monde. Si on arrive à sept ans de retard, c’est tout le peuple de Guinée qui a été giflé ainsi. Mais je dis bien si pour une fois, cette date peut-être tenue, ce serait une première en Guinée. Et l’opposition va analyser cette information et réagir assez rapidement. Alors si elle peut se faire, tant mieux, mais je dis qu’il y a plusieurs autres points que l’opposition exige.

Quand l’opposition s’est réunie ce lundi 25 septembre 2017, elle n’a pas parlé d’élections locales, mais du grand recul qu’on a subi du fait qu’il y a eu deux morts lors des dernières manifestations. Alors que la marche du  02 août a été pacifique. Et à l’époque on avait cru que la Guinée commençait à être un pays normal dans lequel les gens peuvent manifester et rentrer calmement chez eux sans être blessés, harassés ou tués. Malheureusement, ce qui est arrivé ces derniers jours le 20 et le 21 septembre derniers, c’est un recul pour tous les guinéens. Et c’est pour cela que l’opposition dit qu’elle va manifester fortement encore pour exiger que les guinéens cessent d’être tués par ce gouvernement. Un gouvernement qui arme des gens pour tuer son propre peuple est un gouvernement fascisant. C’est extrêmement dangereux. Ce qui fait que le mercredi 27 la marche qui était prévue a été transformée en marche funèbre. Nous voulons enterrer dignement nos deux camarades qui sont tombés sous les balles assassines des forces de défense et de sécurité de ce pays. Le lendemain nous organisons une journée ville-morte. Et le 04 octobre nous allons encore marcher contre l’insécurité, l’impunité et exiger l’application totale de l’accord d’octobre 2016.

Vous avez affirmé que la date des élections est l’une des revendications parmi tant d’autres. Est-ce si les autres points ne sont pas respectés, l’UFDG serait amenée à boycotter les élections communales en signe de protestations ?

Pas forcément. Mais nous continuerons à manifester pour que tous les points de l’Accord soient réalisés. Essentiellement nous sommes choqués aujourd’hui. El hadj Cellou Dalein Diallo l’a dit. Donc, nous allons manifester et pour la mise en œuvre de l’accord et pour la cessation de l’impunité notamment contre les crimes de sang dans ce pays. Depuis que ce régime est en place, ce sont des milliers de gens qui sont morts sous les balles des forces de défense et de sécurité de ce pays. On ne comprend pas qu’une armée, habillée par son peuple, nourrie par son peuple, armée par son peuple, tue ce peuple. Nous avons eu les cas à Zaoro, à Galakpaye, à Womey, à Zogota, à Siguiri, à Kérouané, à Conakry, on est au chiffre de 85 jeunes gens manifestants assassinés, à Boké on a cinq morts ces derniers temps sans compter les blessés. Alors l’opposition républicaine manifeste à partir de maintenant essentiellement pour que la Guinée soit un pays en paix. Que ce régime cesse de tuer les fils de Guinée.

Donc le boycott est exclu ?

Je ne pense pas qu’il y aura boycott. Je vous dis, du moment qu’on a eu au niveau de la CENI un certain changement, les nouveaux dirigeants qui sont là nous ne les connaissons pas, mais ils ont fait une première démarche qui n’était pas habituelle. Ils ont fait le tour pour prendre contact avec les partis politiques qui sont leurs partenaires. C’est déjà une première indication d’une bonne volonté qui peut rassurer. Mais nous disons que nous jugerons les gens aux actes. Alors quand une telle CENI affirme qu’elle va faire une élection libre, transparente, libre, honnête et sincère à telle date, dans des conditions légalement admises, nous ne pourrons qu’attendre de voir. Donc, je ne pense pas qu’un boycott soit envisageable.

Quelles vont être les exigences de l’UFDG ?

Nous exigerons que la CENI applique la Loi. Qu’elle soit une institution médiane qui ne penche ni pour l’opposition ni pour la mouvance. Et qu’elle fasse des élections sincères, honnêtes. Si cette CENI applique la Loi correctement, il n’y aura aucun problème. Mais nous disons que cette CENI est à la fin de sa vie parce que l’accord politique prévoit de mettre en place une nouvelle CENI dont le type n’est pas encore entièrement dessiné. Donc, il est à espérer que lors de la session budgétaire d’octobre prochain, et au plus tard lors de la session des lois d’avril prochain, la loi sur la nouvelle CENI soit votée et promulguée. Qu’on mette en place une nouvelle CENI qui aura la charge des élections nationales futures, c’est-à-dire les élections législatives et les présidentielles. Nous exigerons qu’on ait une nouvelle CENI. Nous sommes d’accord que celle qui est là organise les élections locales, les clôture, après sa tache aura pris fin.

Ne craignez-vous pas un glissement électoral ?

Nous ne craignons pas ça parce que nous allons nous battre pour que cela n’arrive pas. L’opinion est prise à témoin. Nous avons fait les marches, nous n’avons pas hésité à négocier dans le comité de suivi. A chaque fois qu’il y a une entité qui a émis une idée pour nous faire avancer, nous avons accepté pour avancer. Donc, si l’opposition accepte cette nouvelle date, tout le monde est pris à témoin. Le peuple de Guinée, les institutions internationales également sont témoins. Nous n’accepterons pas qu’il y ait un glissement. Nous ne voudrions jamais qu’il y ait cumul d’élections. C’est compliqué pour  les citoyens qui sont en majorité analphabète en français. Ce serait un chaos d’autant plus que nous avons dit que la mission de cette CENI s’arrête aux élections communales. Je pense que cette CENI avec à sa tête maître Kébé peut rentrer dans l’histoire si elle continue son programme d’élection telle qu’elle l’annonce actuellement. Qu’elle organise des élections paisibles avant son départ. Parce que nous voulons d’une nouvelle CENI dès l’année prochaine.

Vous êtes l’un des fervents pourfendeurs des promoteurs du troisième mandat. Pourtant le ministre des Sports Sanoussi Bantama Sow dit que c’est bien possible de modifier la Constitution. Que lui-répondez-vous ?

Voilà le genre de personnes que je peux qualifier d’anti-guinéens. Quiconque encourage, suggère, que cette constitution soit modifiée est un anti-guinéen parce qu’il met la Guinée dans une situation trouble. Les articles 27, 154 de la Constitution sont clairs, ils ont ficelé ce dossier. Ce n’est pas une question sur la table. Elle ne se pose pas. Je me rappelle qu’une fois, le Président Alpha Condé a dit que cette question ne se pose pas. Il ne faut pas que les gens la pose. Nous n’accepterons jamais qu’il ait une révision de la Constitution. 

Pourtant à chaque fois qu’on a posé la question au Président, soit il s’est énervé ou bien il dit que c’est le peuple qui décide alors qu’il aurait pu tranché comme l’ont fait les Présidents Issoufou du Niger, Ouattara, etc. Pourquoi chez Alpha Condé ce n’est pas encore le cas ?

Vous avez raison ce n’est pas encore le cas. Mais il n’a encore rien dit. Moi j’ai donné un conseil à M. Alpha Condé en tant que Chef d’Etat de ce pays pour que ce pays soit en paix. Je lui ai dit de prendre l’exemple sur son ami Mahamadou Issoufou du Niger, Hélène Johnson Sirlef  du Libéria, le Président Ouattara de la Côte d’Ivoire l’a dit ici à Conakry au moment de l’investiture du Pr Alpha Condé en 2015.

Je lui ai dit de prendre l’exemple sur ces derniers et d’affirmer tout de suite que le troisième mandat ne l’intéresse pas et que la Constitution ne peut pas être touchée. S’il le fait, il rend service à la Guinée, mais d’abord à son propre parti politique le RPG. Parce qu’aujourd’hui, le RPG est pris en tenailles, il est ficelé, il a les mains et les pieds liés, il ne peut rien faire parce que l’avenir est sombre pour ce parti. S’il se prononce, il libère des initiatives dans le RPG. Il y a là-bas des gens capables que nous connaissons qui aiment ce pays et qui seront candidats au nom du RPG. A l’UFDG nous aurons notre candidat qui est bien connu de tous les guinéens et nous allons compétir. Le peuple de Guinée choisira son nouveau Président en 2020.

S’il accepte ce conseil, il aura rendu service au pays. Il organisera des élections dans lesquelles il n’interfèrera pas. Je serai heureux en 2021 de voir Elhadj Cellou Dalein Diallo élu Président de la République, et à ses côtés le Pr Alpha Condé installé comme ancien président invité. Ce sera la première fois que la Guinée aurait connu une alternance civile pacifique en soixante ans d’indépendance. Le Professeur national a l’occasion de donner cette chance  à la Guinée. Dans ce cas, il sortirait malgré les grands problèmes qu’il laisse derrière lui, par la grande porte de l’histoire. Mais si jamais il s’entête dans un troisième mandat, il sortirait par la fenêtre de l’histoire et tombera tout droit dans la poubelle de l’histoire. Je suis convaincu de cela. C’est un conseil de CHERIF.

A suivre…

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

Créé le Jeudi 28 septembre 2017 à 10:31

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