L’histoire pathétique de Marthe Tolno, une survivante d’Ebola… (Reportage)

Reportage

FORECARIAH- En Guinée, la couche féminine est l’une des plus touchées par la fièvre hémorragique à virus Ebola, qui a frappé le pays. Selon les chiffres officiels, 1753 femmes ont été contaminées par cette terrible maladie hautement mortelle. Marthe Tolno âgée de 35 ans, est l’une d’entre elles. Elle fait partie des 1269 personnes guéries d'Ebola. Mais son histoire est toute particulière.

Après avoir survécu à la fièvre hémorragique à virus Ebola, Marthe Tolno a été rejetée par son mari. Depuis, elle vit seule, dans des conditions précaires avec ses quatre (4) enfants, à Maferinyah, une sous-préfecture de Forécariah en basse Guinée. 

Outre le poids de la stigmatisation, Marthe vit douloureusement, les séquelles de la maladie d’Ebola. Elle est alitée chez elle, souffrant de troubles d’audition et de douleurs articulaires. Marthe était un agent technique de santé. Sa vie s’est bouleversée le jour où elle a contracté le virus mortel. C’était en mars 2015. Elle est une héroïne, aux yeux de ses collègues qui la surnomment « Madame Ebola ». Marthe a contracté la maladie alors qu’elle tentait de sauver la vie d’une de ses voisines au Centre de santé de Maferinyah.

Elle s’est battue contre la mort au Centre de traitement de Forécariah. Visage pâle, Marthe Tolno nous  raconte son histoire. « Mon premier mari est porté disparu lors de la rébellion de l’an 2000 à Gueckédou », se souvient-elle, larmoyante. « Mon second mari, dès que j’ai eu ces problèmes de santé, il m’a abandonné », nous a-t-elle confié.

Marthe est aujourd’hui sous la menace d’une expulsion. Depuis six mois, elle n’a pas payé son loyer. La scolarité des enfants est également compromise. « J’ai la double charge, le concessionnaire veut me faire sortir de la maison, parce que je n’ai pas payé le loyer depuis 6 mois. Pour la scolarité de mes enfants, je n’ai aucun soutien», se lamente-elle. 

Cette survivante continue de suivre son traitement au Centre Hospitalo-Universitaire de Donka, grâce à la prise en charge post-Ebola.  « Jusqu’à présent j’ai des douleurs, des fois la nuit je ne dors pas. Mes médicaments coûtent très chers.  Certains coûtent jusqu’à 1 million, je dois faire la radiographie », raconte Marthe Tolno.

Stigmatisation

Cette mère de famille se dit victime de rejet et de stigmatisation de ses proches. « Je suis dans la même concession avec une femme qui ne me salue plus, parce que j’ai été malade d’Ebola. Quand son fils vient auprès de moi, elle vient le retirer et le frappe », témoigne Mme Tolno. Comme sa voisine, certains voisins ont peur de s’approcher d’elle. « Après avoir eu cette maladie, ce n’est pas facile d’avoir une vie normale. Les troubles que j’ai eus sont nombreux », a raconté Marthe Tolno qui demande de l’aide au Gouvernement.

La stigmatisation est l’un des combats de la coordination de lutte contre la maladie. « Chaque personne guérie d’Ebola est à surveiller, à appuyer, à réinsérer et à sortir de la stigmatisation. Nous avons installé cette stratégie », confie Fodé Tass Sylla, responsable de communication de coordination contre Ebola. Pourtant, cette stratégie n’est pas suffisante aux yeux des personnes guéries d’Ebola, qui se sont constituées en association à Forécariah, l’une des plus touchées par l’épidémie d’Ebola.

Le président de l’association basée à Forécariah, explique que leur assistance humanitaire est insuffisante pour madame Tolno. « Elle a des conditions particulières, sa guérison est temporaire. Elle est dans une situation sanitaire compliquée, elle avait perdu sa mémoire », témoigne Soriba Camara.

Apparue en fin 2013, la fièvre hémorragique à virus Ebola  a tué plus 2500 personnes En Guinée. En Afrique de l'Ouest, plus de 11.300 morts sur quelque 28.000 cas recensés, en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.

 

BAH Aissatou

Pour africaguinee.com

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Créé le Vendredi 22 avril 2016 à 14:51