Immersion dans la Mosquée Fayçal de Conakry : Un lieu de culte qui coule comme une passoire (images choquantes)

Société
Mosquée Fayçal de Conakry
Mosquée Fayçal de Conakry

CONAKRY-Autrefois véritable joyau national, la Grande Mosquée Fayçal située au quartier Camayenne dans la commune de Dixinn, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ce lieu de culte vieux de plus de trente ans coule comme une passoire. La bâtisse, avec ses imposants minarets et de dômes, donne une beauté architecturale « insolente », vue de l’extérieur. Au point qu’elle a été classée en 2014 parmi les dix plus belles mosquées en Afrique. Cependant, cette beauté de façade contraste outrancièrement avec celle de l’intérieur.  

Une flaque d’eau par-ci, une autre par là. Des sceaux, et bidons ou encore des pots éventrés sont  placés ça et là dans l’enceinte (au rez-de-chaussée). Limitant l’inondation. A l’étage, l’endroit réservé aux femmes, c’est pire. Le sol inondé d’eau, donne l’impression d’une rizière. Au point que du rez-de-chaussée à l’étage, tous les beaux tapis importés d’orient sont détalés. Le fidèle qui vient sans un tapis de prière, est obligé de s’acquitter de ses obligations religieuses à même  le sol. L’image est si originale qu’un visiteur se croirait dans un rêve. De braves femmes se donnent à fond pour essuyer l’eau qui suinte, sans pour autant arriver à stopper l’inondation.   

A chaque période hivernale, le spectacle est le même ou presque depuis plus d’une décennie, nous a-t-on confié. La mosquée coule, des  fonds colossaux sont débloqués. In-fine c’est une réparation bâclée au grand dam des fidèles musulmans. Un autre problème plus sérieux que celui de la fuite d’eau semble se poser. Beaucoup de poteaux de la façade sont cassés. Des fissures sont apparentes sur les colonnes. Le bâtiment a été largement éprouvé par les charges supplémentaires.

« La première fois que la mosquée a commencé à couler (en 2002), on a substitué la couche d’étanchéité. Ils ont remplacé par le système de toiture de chez nous (tôle sur charpente) alors que le bâtiment n’a pas été conçu pour cela. Les charges supplémentaires commencent à occasionner des cassures sur certaines colonnes », a expliqué un ingénieur en génie civile.

Aujourd’hui bon nombre d’observateurs s’interroge sur la destination des fonds débloqués pour la rénovation de la mosquée au fil des ans. L’an dernier, lors de sa visite en Guinée, et à la demande des autorités religieuses du pays, le Roi Mohamed VI du Maroc avait fait la promesse de rénover la mosquée.

A l’époque, le coût global des travaux  était de  4,2 milliards de francs guinéens (4 millions de dollars) et soumis au souverain marocain. Ça comprenait entre autres : l’étanchéité de la toiture, l’électricité du bâtiment, la peinture, la menuiserie.

 ‘’Une situation très gênante’’

 Alors pourquoi la mosquée continue de couler ? « C’est l’entreprise West-Africa Construction qui pourrait expliquer cela. Puisque la mosquée est en chantier de rénovation, financée par le Royaume du Maroc. L’entreprise qui a eu le bénéfice de gérer le projet, il lui revient d’expliquer pourquoi il y a fuite de la toiture », indiqué l’administrateur général de la Mosquée, interrogé par notre reporter.

Sory Oularé résume : « S’il y a fuite au niveau du toit, ça veut dire que le travail qui a été fait n’a pas répondu au résultat escompté », a déclaré l’administrateur de la mosquée qui trouve d’ailleurs cette situation très gênante pour la Guinée.

« Ça fait de la peine à tout bon musulman surtout qu’on est au début du Ramadan. C’est très gênant », estime-t-il.

L’administration générale de la mosquée n’a pas été associée aux travaux de rénovation. Pis, elle dit n’avoir pas reçu le contrat qui engage l’entrepreneur chargé des travaux. Tout un mystère tourne donc  autour des termes du contrat.

« Je n’ai vu ni le chèque, ni le montant. Le contrat même qui porte sur ces travaux, je l’ai pas vu,  ni vu quelqu’un qui l’a vu. On a toujours sollicité que l’on ait une copie du contrat pour savoir ce que l’entrepreneur est tenu de faire, en vain », affirme M.Oularé.

Pourtant des informations sur l’état actuel de la mosquée ont été remontées à qui de droit. « L’administration a rendu compte de la situation au secrétariat général des affaires religieuses. J’ai informé verbalement, j’ai fait un écrit », renseigne M. Oularé qui ne perd pas espoir que dans les prochains jours la donne va changer.  

‘’La présidence s’implique’’

Une réunion qui a impliqué des cadres des grands-Projets, le grand imam de la mosquée, le secrétaire général des affaires religieuses, le ministre de la coopération internationale, l’ambassadeur du Maroc en Guinée et l’entrepreneur a déjà eu lieu.

« Je crois qu’aujourd’hui, on est en train de prendre des dispositions utiles pour que la situation soit corrigée. C’est en bonne voie de négociation. J’ai reçu une délégation mandatée par la présidence pour que voir ce qu’il y a sur le toit.  Elle assure qu’en un temps record elle peut refaire le toit », a révélé l’administrateur de la mosquée.

D’ici là, cette situation perdure aux yeux de certains fidèles musulmans qui ont « soif » d’endroits sains pour accomplir leurs obligations religieuses surtout en ce mois saint de ramadan.

 

Reportage de Diallo Boubacar1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Vendredi 26 juin 2015 à 7:31