Immersion dans l’univers des combattants d’Ebola : Grand voyage au Centre de soin de Macenta (Acte II)

Ebola en Guinée
Centre de Traitement Ebola de Macenta   Photo-Africaguinee.com
Centre de Traitement Ebola de Macenta Photo-Africaguinee.com

MACENTA-Comment fonctionne le Centre de Traitement Ebola (CTE) de Macenta ? Au pied d’une colline verdoyante, à la sorite de la ville, c’est là que la France a ouvert en novembre dernier, un centre de soin d’Ebola. Un choix qui n’a rien d’anodin, puisque c’est dans cette région de la Guinée forestière que tout aurait commencé, il y a près d’un an avec la mort du patient zéro, un enfant de 2 ans, à Méliandou, dans Gueckedou. Dans cet acte II de notre grand reportage « immersion dans l’univers des combattants d’Ebola », nous partons au cœur du Centre de soin de Macenta.

Le Centre de traitement Ebola de Macenta est à moins de 3 kilomètres du centre ville. Il est construit juste au bord de la nationale Macenta-Nzérékoré, dans le sud-est de la Guinée où l’épidémie fait le plus de ravage.  Pour un passant noctambule, il est frappé par les illuminations venant du Centre qui fait face au Mont Woko. Une impressionnante colline de Pierre-granite qui surplombe le CTE.  

Le Centre de soin est géré par la Croix-Rouge française. Il est bâti sur une superficie de 800 mètres carrées dans le quartier Zomodou. A ce jour, il a une capacité de 32 lits, confie Vincent Mendiboure, coordinateur des opérations de la Croix Rouge Française. Une dizaine de patients d’Ebola y reçoit des soins.

Le CTE est un maillon dans une chaine de riposte…

L’objectif visé par son organisation est d’obtenir rapidement une  capacité d’une cinquantaine de lits pour les patients suspectés et confirmés de la maladie à virus Ebola. Le Complexe réuni un dispositif de réponse à l’épidémie assez varié. D’autres acteurs, comme  la croix rouge guinéenne, la Direction préfectorale de la Santé, l’OMS (organisation mondiale de la santé), le CDC et d’autres acteurs locaux ont leur partition à jouer dans le combat contre le virus. ‘’Le CTE est un maillon dans une chaine de riposte’’, résume une expatrié travaillant dans le centre.

Comment fonctionne cette machine qui roule 24h/24 ? En effet, le CTE présente trois zones. Une zone pour le staff, une zone pour les malades appelés la zone à haut risque et une zone pour les visiteurs (familles de malades hospitalisés dans le CTE). Dans la zone à haut risque, personne n’y entre sans au préalable avoir porté l’équipement de protection individuel (Personal Protection Equipment). ‘’C’est une tenue qui ne laisse apparaitre aucune parcelle de peau en exposition directe à l’extérieur’’, précise un volontaire de la croix rouge française.

Traditionnellement cette tenue est composée d’une paire de botte en caoutchouc, une combinaison, une paire de gan, une cagoule, un masque de protection respiratoire, un masque de protection des yeux, un tablier et une seconde paire de gan. Dans cette composition, c’est uniquement les bottes en caoutchouc, les lunettes et le  tablier qui sont recyclables. Tout le reste est désinfecté  avec de l’eau chlorée à 0.5% avant d’être incinéré.

L’habillage se fait toujours en binôme. Et, l’intérieur de la PPE fait excessivement chaud, confirme ce jeune médecin, interrogé à sa sortie de la zone à haut risque : ‘’il fait excessivement chaud à l’intérieur de la combinaison. Mais c’est ce qui te protège. Et tu as moins de risque d’être contaminé’’, révèle-t-il. Dans cette tenue, il est recommandé de rester que  de 45 minutes à 1 heure. Pas plus. Cette activité, qui comporte assez de risque, le jeune médecin ne la craint guère. ‘’ Je n’ai pas peur parce que j’ai opté pour la médecine. Quelque soit la nature de la maladie, on est là pur sauver des vies’’, dit-il en s’essoufflant.

La zone pour le staff, est à risque modéré. Là, le port de la PPE n’est pas obligatoire. A notre arrivée, le 22 décembre, sous la tente de médicalisation se tient une réunion à  7heures. Cette réunion de transmission se fait deux fois tous les jours. Il faut faire la vérification de l’état des patients, les remarques thérapeutiques, la préparation des protocoles. ‘’C’est une réunion assez normale’’, note notre guide.

‘’Les traitements doivent être évalués tous les jours. Le patient (X) va mieux sur Ebola, mais il a beaucoup d’eau. Son bilan est perturbé’’, observe le Docteur Max, s’adressant au personnel au cours de la réunion. 

Les visiteurs ont leur zone à part. Ils sont accueillis par les sensibilisateurs communautaires composés de psychologues. Ils sont chargés d’organiser dans la mesure du possible, la rencontre de la famille avec le malade s’il  est en capacité de se déplacer. Ils expliquent les symptômes de  la maladie etc.

La bâtisse de soin dispose de trois entrées. Une entrée pour le staff, la seconde est réservée aux malades et une  troisième pour les familles des patients. Pour pénétrer dans l’enceinte, il faut suivre un protocole de sécurité très strict. A chaque entrée, il y a des mesures de biosécurité qu’il faut obligatoirement respecter.   Se laver les mains avec  de l’eau chlorée à 0.05%, désinfecter les chaussures et faire une prise de température. Le même exercice se répète à la sortie du Centre. Et aucun objet ne doit sortir du centre.

L’intérieur du CTE forme un petit village de tentes dans une superficie de 0.8ha. L’on est frappé d’abord par ce bâtiment peint en jaune, se trouvant à droite. C’est le laboratoire. Là, se font  les tests de diagnostics Ebola et non Ebola, ainsi que les analyses médicales. A moins de 5  mètres sur le même alignement, deux groupes électrogènes vrombissent sans discontinuer. Ils alimentent le site en électricité 24h/24. Dans le CTE, entre 5000 et 7000 litres d’eau sont utilisés chaque jour avec 80 kilogrammes de chlore. 

La gestion d’un CTE est une organisation lourde où il faut d’abord privilégier la sécurité, reconnait le coordinateur des opérations de la Croix Rouge Française. Pour faire fonctionner cette machine sans fausse note, il faut du personnel formé sur le moindre détail. Ici, 90 % du personnel travaillant dans le dispositif de Centre sont des nationaux. Dans le CTE, c’est en tout 200 personnes qui y  travaillent dont une trentaine d’expatriés de nationalités différentes. Il y a des français, des belges, des congolais.

Des infirmières, des agents médicaux , des hygiénistes, des logisticiens, des ingénieurs se relaient tous les jours à chaque heure dans le CTE qui dispose aussi d’une pharmacie, d’une lavandière,  d’un magasin, et  d’un endroit d’incinération des ordures à haut risque.

Camara Mamady supervise les agents de maintenance. Le jeune-homme aux allures frétillantes, ne craint rien puisqu’il dit avoir reçu des instructions sur les mesures à respecter.  ‘’Nous préparons les dalots pour les placer. Cela servira au drainage d’eau. On ne craint rien, on a été formé pour ça et on a reçu beaucoup d’instructions par rapport aux mesures qu’il faut respecter’’, affirme l’ingénieur souriant.

Docteur Péma Grovogui est médecin superviseur du centre. Il a bouclé sa journée et s’apprête à rentrer chez lui. Mais avant de quitter, il s’assure que tout est à jour.  ‘’Je reste là jusqu’à 17 heures tous les jours. Je me suis assuré que tout est à jour : les prescriptions de demain, les dossiers, les prélèvements à effectuer, les fiches de notification des signes et les fiches de prescriptions’’, indique le médecin qui regrette toutefois la perte d’une patiente pendant la journée.

 Nous avons perdu une patiente…

La journée s’est bien passée, soupire le docteur, qui a un caoutchouc noir sous ses aisselles. ‘’Nous n’avons eu qu’un seul cas suspect admis au CTE en provenance de Wotoula dans la Sous-préfecture de Bofossou. Mais malheureusement, nous avons perdu une patiente’’, regrette le docteur.

On ne sait pas à quand nous pourrons mettre fin à ça…

Jusqu’à quand peut durer cette épidémie ? Ce jeune hygiéniste, croisé à peine sortie de la zone des malades,  ignore la réponse.  Jusqu’à présent ça ne va pas parce qu’il ya toujours des malades dans la zone des confirmés qui souffrent beaucoup, déclare le jeune Koivogui Dominique Bozi.

‘’On ne sait vraiment pas quand est-ce que nous pourrons mettre fin à ça. On était à deux malades dans le CTE, il y a deux semaines, et aujourd’hui, on se retrouve avec une quinzaine. Donc, on ne peut pas dire que ça va. Il y en a qui sont très fatigués et c’est Dieu seul qui sait s’ils vont passer la nuit’’, remarque l’hygiéniste, qui admet que c’est le courage et le patriotisme qui l’aide, sinon ‘’c’est très dangereux’’.

Dieu seul qui sait s’ils vont passer la nuit…

« C’est Dieu seul qui sait s’ils vont passer la nuit » Dominique a vu juste.  Puisqu’à notre arrivée au CTE, le lendemain, une femme est décédée la nuit, laissant derrière elle trois (3) enfants tous atteints d’Ebola. Pour les enfants malades, il y a des nounous, toutes sorties guéries d’Ebola qui s’en occupent.  

Plus tard dans la journée du 23, un autre patient obtiendra son ‘’passeport’’, pour répéter le jargon des hygiénistes, quand ils annoncent le décès d’un patient. Une figure assez drôle à nos yeux, qui, à force de l’entendre à susciter notre curiosité.

Obtenir son passeport veut dire quoi exactement ? A-t-on questionné.  «Ça veut dire qu’il y a une patiente qui était à l‘intérieur dont l’état clinique n’était pas du tout bon qui a rendu l’âme. Les infirmiers ont constaté le décès. Il faut que le médecin parte faire le constat avec le psychologue. Ensuite les hygiénistes iront préparer le corps pour l’envoyer à la morgue », explique le jeune hygiéniste, en train de porter son PPE pour aller dans la zone à haut risque pour s’occuper du corps.

Nous nous battons pour sauver les vies de nos parents…

Certains malades sont stables, par contre d’autres sont instables, confie Koivogui Mako, après avoir ôté sa combinaison, tenant un paquet de biscuit et un sachet d’eau en main. Malgré le risque, elle reste toujours déterminée dans son combat. Puisque, dit-elle,  ce ne sont pas les animaux qui viendront sauver ses parents.  «J’ai opté pour ça ! Nous nous battons pour sauver les vies de nos parents. Un animal ne peut pas quitter en brousse pour venir les sauver’’, fulmine la jeune infirmière, vêtue de sa scrub.

Trente deux (32) personnes alertes par jour…

Depuis cinq mois, Aminata Koumbassa, détachée du ministère de la santé, se bat contre le virus. Quand elle établi une comparaison, elle se rend à l’évidence qu’il y a eu beaucoup d’améliorations, aujourd’hui.  ‘’Au début on avait  surtout un manque de personnel. Et ce n’était pas facile avec les gens de Macenta. Mais pour le moment c’est un peu stable à Macenta. On pouvait avoir 32 personnes alertes par jour, et parmi eux on trouvait que deux personnes négatives toutes les autres sont positives’’, raconte-t-elle. 

C’est la vie de tous es jours au CTE de Macenta. De joies mêlées de tristesse. Tantôt on annonce des décès tantôt, on annonce des guérisons. A ce jour plus de 10 personnes sont sorties guéries du centre. Le virus qui a fauché la vie de plus de 1500 guinéens est en passe d’être maîtrisé dans la  commune urbaine.

 

Un reportage de Diallo Boubacar 1

Envoyé spécial d'Africaguinee.com à Macenta

Tel : (00224) 655 31 11 12

Créé le Mercredi 24 décembre 2014 à 18:05