Sud de la Guinée : Immersion dans l’univers des combattants d’Ebola à Macenta (acte I)

Ebola en Guinée
Enterrement de personnes décédées d'Ebola à Macenta           Photo-Africaguinee.com
Enterrement de personnes décédées d'Ebola à Macenta Photo-Africaguinee.com

MACENTA-Comment s’organise la riposte contre l’épidémie Ebola à Macenta ? Située à 764 kilomètres de la capitale guinéenne Conakry, Macenta est l’une des préfectures les plus touchées par le virus Ebola. Elle seule, a enregistré à ce jour, 708 cas positifs sur plus de 2500 cas recensés dans tout le pays depuis  l’apparition de la maladie  en Guinée.

Le patient Zéro  de cette foudroyante maladie serait venue de Méliandou, une bourgade située dans la préfecture de Guéckedou, épicentre de l’épidémie. Mais c’est en mars dernier que cette terrible pathologie, jusque-là inconnue, a fait éruption dans cette ville du sud-est de la Guinée.  

Après avoir fait une vingtaine de morts, le 18 mars en effet, les premiers échantillons prélevés sur les malades seront expédiés en France pour connaître l’agent causal de ce mal mystérieux qui continuait à décimer des vies à une vitesse hallucinante. Et, 72 heures après, les premiers résultats révéleront qu’il s’agit du virus Ebola. Une maladie virale, sans vaccin ni traitement spécifique qui a fait son apparition au Congo  en 1976. Une triste nouvelle aux conséquences dramatiques  incommensurables pour la  Guinée. Puisque depuis, malgré la mobilisation de la communauté internationale et d’ONG humanitaires, on continue à courir derrière le virus qui poursuit son expédition mortelle en Guinée, au Libéria et en Sierra Léone.

708 cas positifs d’Ebola dont 458 décès…

A ce jour, Macenta a  enregistré 708 cas positifs d’Ebola. Parmi ces cas, 458 personnes en sont mortes. Mais comment combattre un ennemi aussi costaud qu’Ebola et qui a pris déjà pris une grande longueur d’avance ? Et qu’au-delà  du manque criard de moyens, il y a en face une résistance farouche des populations locales qui croient fermement à un complot des occidentaux ? « C’est vraiment difficile, mais maintenant les gens commencent à prendre conscience du danger’’, commente un volontaire de la croix rouge guinéenne.

Une fois mes parents m’on jeté des pierres dans mon village…

La meilleure façon de mener la guerre contre le « maudit virus », il faut d’abord avoir conscience de son existence. Un véritable challenge pour les volontaires de la croix rouge locale, qui mènent des campagnes de sensibilisation au sein des communautés, qui  continuent de croire qu’Ebola est une maladie inventée par les occidentaux sous la bénédiction des autorités du pays.

‘’J’avais d’énormes problèmes dans les quartiers parce que j’étais indexé partout. On disait : ‘’ces gens là sont payés pour tuer nos parents, c’est pourquoi ils travaillent avec les organisations’’. Une fois dans mon propre village, mes parents ont crié sur moi, ils m’ont jeté des pierres, mais tout cela ne m’a pas découragé. Parce que je sais que c’est par ignorance. Aujourd’hui Les mentalités commencent à changer’’,  témoigne Camara Moussa, superviseur de la gestion des corps et transport de malades au sein de la croix rouge de Macenta.

Aujourd’hui, la bataille contre l’hôte indésirable s’organise sur tous les fronts. ONG humanitaires, autorités locales et volontaires locaux s’activent. L’arsenal de riposte semble avoir pris forme à Macenta.  Et ça commencer à porter fruit puisque le nombre de cas diminue de plus en plus dans la préfecture. ‘’Le nombre de cas devient de plus en plus rare à l’intérieur de la commune urbaine’’, soupire le Docteur Facinè Yattara, coordinateur préfectoral de la riposte à Ebola.

Ebola a conseillé parce qu’il a fait des ravages…  

S’il est difficile d’obtenir la coopération de certaines communautés à travers la sensibilisation, quelquefois, c’est les ravages du virus qui portent conseille. Le cas de Nzénié, une localité perdue dans la forêt située à 7km  du Libéria en est un exemple.  Dans ce petit village de 500 habitants, il a fallu que le virus tue plus 60 personnes avant que la population ne coopère. De nos jours c’est l’une des localités qui coopère le mieux dans la riposte, confie un responsable de santé à la Direction préfectorale de Santé de Macenta.   

Au début ce n’était pas facile il y avait la réticence un peu partout dans la communauté, reconnait Sylla Sékou Sadabi.  Mais dans certaines contrées, Ebola a conseillé parce qu’il a fait des ravages, ajoute le point focal chargé de la planification et des programmations des volontaires de la croix rouge, rencontré au siège de l’ONG.

A la croix rouge locale de Macenta c’est là que les équipes d’intervention sont préparées. ‘’On prend les malades et on gère les corps’’, précise Sékou Sadabi.

A notre arrivée le Dimanche 21 décembre, une équipe de volontaires était en train de suivre une formation pendant qu’une autre se préparait pour aller faire l’enterrement de deux corps (décédés d’Ebola la veille) au Centre de traitement géré par la croix rouge française. Mais avant de pénétrer dans l’enceinte, il faut se laver les mains à l’eau chlorée, désinfecter les chaussures, et faire une prise de température. A l’intérieur d’un petit magasin se trouve la  logistique. Le chef de l’équipe qui doit faire l’enterrement prépare le matériel : gans, tenues de protections, lunettes…). Dehors, un pick-up  et un chauffeur les attend. L’équipe est composée de cinq personnes. Le CTE où se trouvent les corps est à moins de 5 minutes en voiture. Sur place, les hygiénistes du CTE ont déjà préparé les corps à l’entrée et les ont mis dans sacs mortuaires.

Mais bien qu’étant dans ces sacs, il faut à nouveau désinfecter les corps avec de l’eau chlorée à 0.5%  avant de les mettre à l’arrière du  Pick-up, explique le chef  d’équipe. Après cet exercice qui se fait avec beaucoup de délicatesse, il faut enlever les gangs, désinfecter les bottes et tout le matériel rentré en contact avec les corps avant de s’embarquer à bord du véhicule, destination le cimetière.

Notre véhicule suit le pick-up qui traverse le centre ville de Macenta. Il emprunte une piste tortueuse et s’engouffre dans la brousse au milieu de nulle part. Le cimetière se trouve au bas d’une colline entourée de palmiers, et de grosses herbes. Sur place, deux messieurs qui ont déjà creusé la tombe attendent. Mais avant de descendre les corps, l’équipe  d’enterrement doit porter des tenues sécurisées, des gans, masques et lunettes. Le moindre fait et geste se fait avec minutie. Et il faut s’assurer que tout est  ‘’Ok’’, avant de toucher les corps. ‘’On fait tout ça juste par mesure de sécurité, sinon à partir du moment les corps sont préparés et mis dans  sacs mortuaires, ils ne sont pas contagieux’’, souligne Ismaël.   

Peur de voir d’autres personnes s’infecter…

Toujours est-que les deux corps ont été enterrés  dans la même tombe.  ‘’Nous avons fait l’enterrement, ça s’est bien passé’’, confie Mory Cherif, après avoir retourné à la base. 

‘’J’ai peur de voir d’autres personnes s’infecter. Mais j’ai la motivation de sauver les autres. Je ne suis pas stigmatisé. Je suis fier de faire ce travail’’, ajoute le volontaire, qui précise qu’il faut  désinfecter la maison par mesure de sécurité, dit-il.

Justement, parce qu’il y a eu un de leurs collègues chauffeur qui a été contrôlé positif au virus Ebola la veille, nous a-t-on confié. ‘’Nous  avons un de nos amis qui est contrôlé positif au CTE, mais nous ne sommes pas perturbés. Son état est stable on sait qu’il sortira guéri’’, soupire Sylla Sékou Sadabi.

La fréquence de cette activité dépend de l’alerte. La semaine passée par exemple, il n’y a pas eu de décès, donc pas d’enterrement. C’est aujourd’hui qu’on a enterré deux corps, lance M. Cherif, la cinquantaine révolue. Ce volontaire, a une histoire assez exceptionnelle. Il a en effet perdu 12 membres de sa famille au Libéria. C’est pourquoi, il s’est lancé dans le volontariat pour sauver d’autres personnes.

 ‘’J’ai perdu des proches au Libéria pas à Macenta. Ma belle sœur qui a lavé le corps d’une personne décédée (s’est infectée). Elle est revenue dans la  famille, elle a infecté les autres. On a perdu 12 personnes. Et elle, son mari, ses enfants tous sont partis. Il y a des gens qui ne croient toujours pas à la maladie, donc, il faut une bonne sensibilisation. C’est pourquoi je me suis  engagé’’, déclare Mory Chérif.

Quel sera notre sort après l’épidémie ?

Camara Moussa, supervise la gestion et transport de malades à Macenta. Il garde son moral très haut malgré les risques liés à son activité. ‘’ Le moral est très élevé, c’est pourquoi je suis dedans. Sinon j’aurais quitté il y a longtemps’’.

Interrogé sur la prise en charge du personnel de la croix rouge, il s’est montré très évasif sur cette question. Il s’interroge toutefois  sur  leur sort après Ebola.

‘’Je pense que nous sommes là pour sauver notre patrie et sauver notre préfecture. Nous ne comptons pas beaucoup sur l’argent qu’on nous donne’’, fulmine le volontaire avant de s’interroger :’’quel sera notre sort après l’épidémie ? On ne le sait pas encore,  mais notre objectif est de sauver notre nation’’, observe-t-il.

La rémunération au niveau de l’enterrement de sécurité varie entre 50.000 et 100.000 GNF…

 « L’enterrement  s’est très bien passé. Le moral est un peu bas mais on se  maintient. C’est vrai qu’on a un peu peur mais avec les mesures de sécurité, on a confiance’’, raconte cette jeune fille volontaire assise sur un tronc d’arbre. Elle a  à peine  vingt ans révolus. Elle est moins regardante à l’aspect rémunération. Pour elle, il faut sauver la communauté sans penser à l’argent.

‘’En tant que volontaire, nous travaillons pour servir la communauté sans penser à une rémunération. On a juste des perdiems de motivation’’, explique-t-elle. Ces primes de motivations varient en fonction de l’activité menée.

D’après nos informations recueillies sur place, l’enterrement de sécurité par exemple, la rémunération varie de 50.000 à 100.000 francs guinéens.

Stigmatisé mais garde la tête haute…

Au-delà du poids psychologique, un autre fardeau pèse sur cette jeune volontaire de la croix rouge. C’est la stigmatisation dans les quartiers. Mais elle vit ça avec beaucoup de philosophie. ‘’On nous regarde autrement dans le quartier. On est stigmatisé parfois. Mais avec le courage et la sensibilisation, il y a certains qui comprennent. On a la tête haute parce qu’on sait que ce qu’on fait, c’est pour sauver la communauté. C’est normal même si les autres pensent autrement, mais un jour la vérité jaillira’’, croit-elle savoir.

Ces « combattants » se battent tous les jours contre le virus qui  perturbe le sommeil des guinéens depuis un an. Ils sont à la première ligne de front quelquefois avec des moyens assez dérisoires.  « On a des problèmes. Au niveau de la  communication par exemple, il y a des zones qui n’ont pas de réseau téléphonique où on déploie pourtant nos équipes ».

A Macenta un des foyers chauds l’épidémie,  il y a quelques mois, on enregistre moins de cas. Tout le monde a hâte de voir finir cette maladie qui a tué plus de 1500 personnes en Guinée en moins d’un an. Comme le confirme cette prière d’une jeune volontaire de la  croix rouge, qui visiblement est agacé d’enterrer des corps tous les jours. ‘’On prie Dieu qu’Ebola disparaisse parce qu’il  y a eu beaucoup de victimes’’, formule-t-elle.  Une prière que beaucoup veulent voir se réaliser, mais pendant ce temps personne ne se hasarde à donner un pronostic sur la période où on pourrait déclarer la fin de l’épidémie. La course contre la montre continue…

Nous  y reviendrons !

 

Un reportage de Diallo Boubacar 1

Envoyé spécial d’Africaguinee.com à Macenta

Tel : (00224) 655 31 11 12

Créé le Mardi 23 décembre 2014 à 10:13