Ebola en Guinée : Témoignage d’un médecin qui a survécu au virus mortel (Reportage exclusif)

Epidémie d'Ebola

CONAKRY- Il a bien eu de la chance ce médecin ! Africaguinee.com  a rencontré un miraculé de cette maladie qui a tué plus de cinq cent personnes en Guinée. Le jeune médecin raconte dans ce témoignage comment il a attrapé le virus et surtout comment il a vécu ce difficile moment. 

Rencontré au centre Hospitalo-Universitaire (CHU) Donka, Dr  X a l’air en forme. Vêtu d’une blouse, tensiomètre au coup, il avance d’un pas sûr, bien content d’avoir retrouvé ses collègues médecins. Bien qu’il soit passé à un cheveu de la mort, cela ne l’a pour autant pas bouleversé. Son moral est au beau fixe.  Aujourd’hui, Dr X  semble plus qu’engagé qu’avant à honorer son serment d’hypocrate. C'est-à-dire continuer à sauver des vies.   

‘’ J’ai choisi la médecine, il y a les risques de travail. J’ai bien sûr développé la maladie, je suis guéri. J’ai repris le travail pour sauver des gens. Je me sens en sécurité et je pense que ça ne va plus arriver’’, assure le médecin.

Avec le virus Ebola qui est très contagieux, le corps médical est à la première ligne de front. Ceci étant, les médecins sont les premiers exposés. En Guinée depuis l’apparition de la maladie, le personnel de  santé a payé un lourd tribut. Plus de cinquante d’entre eux  ont contracté la maladie. Près de la moitié n’en a pas survécu. Dr X qui a eu la chance de s’en sortir est conscient des risques. Mais, il pense qu’il faut faire avec.  

 ‘’Ce sont les  risques liés au métier. Je suis médecin, donc, je suis forcément  en contact avec les malades’’, raconte le médecin, tout en expliquant comment il a attrapé le virus.

‘’C’est une femme qui est venue de la Sierra Léone, elle a échappé à la vigilance du service des urgences. On l’a référé dans notre service. Ce jour-là, c’est moi qui étais à la garde. Je l’ai observé. C’est comme  ça que j’ai contracté la maladie’’, explique le médecin qui attrapé le virus en août dernier.  

Comment survivre à une maladie aussi mortelle ?

Il faut bien être chanceux pour résister à une maladie qui n’a pas de traitement spécifique à ce jour. Avec des diarrhées, vomissements, douleurs abdominales, de forte fièvre, Dr X explique que c’est une véritable lutte contre la mort qu’il a menée (bien sûr avec l’aide de ses médecins soignant) pour survivre.

‘’Quand les premiers symptômes ont commencé, j’ai transité par les urgences, on m’a référé dans mon service. Après l’équipe du centre (de traitement) est venue me chercher pour m’amener là-bas. Ils m’ont pris en charge. Les agents qui sont là s’occupent bien des malades. Certains n’ont pas la chance de survivre. Moi je m’en suis sorti.

Une véritable lutte contre la mort…

C’est une véritable lutte contre la mort. Parce qu’il y a les diarrhées, les vomissements, les douleurs abdominales, il y a une forte fièvre. Donc, c’est une bataille, mais il faut avoir beaucoup de chance pour s’en sortir.  Il ne faut pas rester à la maison jusqu’à ce que les symptômes avancent à la phase terminale pour aller au centre de traitement. On a une chance de s’en sortir que quand on va très tôt au centre’’, relate-t-il. 

Un moment m’est arrivé où je n’avais plus d’espoir…

Supporter le poids d’une maladie qui n’a pas traitement spécifique n’est sans doute pas chose aisée.  Voir aussi des gens avec qui l’ont partage la même cellule de traitement, mourir presque tous les jours, est un autre fardeau difficile à supporter. Dr X a bien eu toute cette charge psychologique. Outre les douleurs physiques, comment survivre avec un tel poids. Le miraculé du virus mortel raconte : 

‘’C’est vraiment psychologique. Mais il y a des agents de santé qui s’occupent de remonter le moral des patients. Ils vous encouragent, en vous disant (par exemple) que ‘’ce n’est pas la fin du monde, on a une chance de s’en sortir’’. Mais c’est vraiment pénible et difficile (à supporter). Un moment m’est arrivé où je n’avais plus d’espoir. Je ne croyais pas être là aujourd’hui’’.

Le poids de la stigmatisation ?

Même quand l’on  réussit à survivre d’Ebola, il y a un autre obstacle plus dur à affronter. Dans une société où cette épidémie a causé tant de psychose au sein de la population, il est bien difficile d’échapper au poids de la stigmatisation. Cette peine, Dr X a pu l’échapper au quartier. Mais comment ?  

‘’Dans mon quartier, tout le monde ne savait pas que j’étais malade. Les gens ont vu que j’ai disparu un moment, et puis j’ai réapparu en pleine forme’’, explique-t-il, avouant qu’il y a des gens qui stigmatisent la maladie.

On a plus de chance de guérir quand on vient tôt à l’hôpital...

‘’La menace d’Ebola en Guinée est plus qu’une menace d’une bombe nucléaire’’, déclarait un officiel guinéen en juin dernier.  Malgré cette alerte, et aussi le nombre important de victimes que cette maladie a fait, il y a encore des personnes qui ne croient pas en son existence, ou bien des gens qui pensent que c’est une pure invention occidentale. A ceux-ci, Dr X qui a goûté à l’amer jus du venin du virus mortel, Ebola, leur lance un message.

‘’Ceux qui ne croient pas à l’existence de la maladie, je ne peux pas me mettre dans leur tête, mais je leur dit que c’est une maladie qui est (bien) réelle. Les symptômes sont réels, c’est une maladie qui est mortelle.  C’est une lutte contre la mort. Même si on vient tôt à l’hôpital, on peut en  mourir. Mais on a plus de chance de guérir quand on vient tôt à l’hôpital’’, a lancé le jeune médecin.

Les dernières statistiques de l’épidémie en Guinée, fournie par le ministère de la santé à la date du 18 septembre,  font état de 974 cas dont 630 décès.

 

Un reportage de Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Lundi 22 septembre 2014 à 11:34