Un auteur de polar s’inspire du personnage du Capitaine Dadis Camara pour écrire son livre…

Politique
Capitaine Dadis Camara

CONAKRY- Dans son dernier roman, l'ethnopsychiatre Tobie Nathan s'aventure dans le monde ubuesque du capitaine Moussa Dadis Camara qui régna sur la Guinée après la mort de Lansana Conté.Avec la même précision cruelle que la balle tirée par le chef de la garde présidentielle Aboubacar "Toumba" Diakité le 3 décembre 2009, l’ethnopsychiatre Tobie Nathan a réussi l'exploit d'entrer dans la tête de l'ancien président guinéen Moussa Dadis Camara.

Un exploit totalement littéraire, bien sûr, puisque c'est dans son dernier roman, Les Nuits de Patience, que l'auteur de Saraka Bô s'aventure dans le monde ubuesque du capitaine qui régna un an sur la Guinée après la mort de Lansana Conté. Le point de départ d'une intrigue aux nombreux rebondissements ? Sans doute la petite phrase de l'ambassadeur de France en Guinée le jour où il reçut Tobie Nathan, nommé conseiller de coopération et d'action culturelle à Conakry : "C'est plutôt bien qu'ils m'envoient un ethnopsychiatre, le président est complètement fou !"

folie

Qu'en dites-vous, docteur ? "Le président se levait vers 14 ou 15 heures, se souvient Nathan. Il recevait les ambassadeurs la nuit et organisait des réunions où il prenait lui-même la plupart des décisions. Parfois, ses interventions étaient publiques et filmées, comme ce fameux "Dadis Show" au cours duquel le directeur des douanes fut renvoyé. Il souffrait à mon avis d'une vraie psychopathologie. La rumeur le disait malade et drogué, ses décisions étaient erratiques, incompréhensibles, parfois même aberrantes."

Inspiré par le personnage, l'auteur de polar n'a pas résisté au plaisir d'en faire un protagoniste central de son livre, nommé en l'occurrence Youssoufou Davis Kourouma. Et cela donne ce genre de digression : "Vous savez qu'il a un casier judiciaire ? Il n'a pas eu "l'amnestie". Il faut que vous "chachiez" ; il faut que le peuple "chache". Il est en train de raconter des bobards... Il parle tantôt de Forestiers... Il les appelle les mangeurs de viande de singe. Il nous appelle "des singes". Je suis Forestier. Est-ce que j'ai l'air de manger la viande de singe ? Est-ce que j'ai l'air d'un singe ? C'est grâce aux Forestiers que les rebelles ont été combattus et chassés de Guinée. L'Afrique a ses valeurs. Ce n'est pas seulement les Forestiers qui ont combattu. Les Peuls ont combattu, les Soussous ont combattu..."

Observateur attentif du jeu politique qui se déroulait devant ses yeux, Tobie Nathan a essayé d'en décrire toute la folie, qui culmina avec le massacre du 28 septembre au stade du 28-Septembre. "Pour écrire Saraka Bô, j'ai utilisé toute la substance de ma clinique, j'ai imaginé la vie de mes patients en dehors des consultations, dit-il. En Guinée, je suis intervenu dans l'hôpital où étaient notamment soignées les femmes violées dans le stade. C'est de cette manière que j'ai connu les dessous de l'affaire : la connaissance m'est venue des patients."

Cruauté

Racontant l'initiation d'un jeune ethnopsychiatre, son amour soudain pour une superbe Guinéenne alors même qu'il est homosexuel et son départ pour l'Afrique, Les Nuits de Patience sont un roman qui plonge dans les arcanes d'une politique africaine que l'Occidental moyen ne peut guère comprendre. "Il n'y a pas de politique sans sorcellerie en Afrique, s'exclame Nathan. Sékouba Konaté ? On faisait venir pour lui des camions remplis d'albinos à la présidence pour attirer la chance, je les ai vus ! Toumba ? C'était le fournisseur de fétiches de Camara ! Quant aux ethnies, ce sont des réseaux politiques. On ne peut rien comprendre si on ne comprend pas ça !"

Mais Tobie Nathan n'observe pas que l'Afrique, il scrute aussi les Français en Afrique. Avec une saine cruauté. "Les politiciens français ne connaissent pas l'Afrique... Si la situation en Guinée est devenue ubuesque, c'est en partie parce que des responsables en France voulaient installer un ami à la place de Dadis et que ce dernier l'a su... Vous savez, la nuit du 4 Août n'a pas eu lieu au Quai d'Orsay."

Source : Jeune Afrique